Benjamin "Bennie" (Alden
Ehrenreich), âgé de 18 ans, profite d'une réparation du transatlantique
sur lequel il travaille, pour rendre visite à son frère aîné, Angelo
(Vincent Gallo), qui s'est exilé depuis une décennie à Buenos Aires et
y vit en compagnie d'une femme
médecin, Miranda (Maribel Verdu). Bennie s'aperçoit qu'il n'est pas le
bienvenu, et que celui pour lequel il manifeste une admiration intense
ne veut plus avoir aucun contact avec sa famille. Il se fait appeler
désormais "Tetro"...
C'est un étrange objet psychanalytique que
nous offre le réalisateur. Non pour les thèmes qu'il brasse (la
famille, le pouvoir du père, le rayonnement charismatique d'un être
puissant), que l'on retrouve aussi bien dans la trilogie du "Parrain" que dans "Apocalypse now".
Mais pour la forme, l'écrin, dans lesquels évoluent ces personnages
malades, traumatisés, qui ont perdu leurs repères et leurs ancrages
vitaux. C'est dans un noir et blanc somptueux, traversé de séquences
colorées qui paraissent comme autant de flashes issus d'une vie
antérieure à la descente d'une chape de plomb sur la famille Tetrocini,
que se déroule ce ballet morbide dans lequel les personnages jouent
consciemment ou non une pantomime tragique. Porteurs des masques dont
ils se sont recouverts ou qui leur ont été imposés par les non dits,
les deux frères cherchent dans la fuite, dans la folie, dans
l'obscurité et la médiocrité où ils se terrent, un moyen d'échapper à
l'insupportable. Le théâtre joue d'ailleurs un rôle important dans
cette lente et douloureuse prise de conscience que seule la vérité est
susceptible de libérer l'être intérieur de la gangue mortifère dans
laquelle les passions l'ont enfermé. C'est sur Vincent Gallo,
impressionnant de détresse et de
sauvagerie contenues, que repose ce film, dont l'émotion contenue,
bridée même, exige, de la part du spectateur, un engagement profond
pour que l'empathie puisse naître.
Une oeuvre impressionnante de beauté formelle, qui
scrute au plus près les pulsions et l'évolution des blessures sans
jamais jouer la carte du spectaculaire, mais qui se montre exigeante
vis à vis du spectateur pour que sa richesse et sa valeur soient
appréciées comme elles le méritent.
> Film
sur IMDB