Louise Elizabeth Sawyer (Susan Sarandon) est
serveuse dans un fast food. Elle décide son amie Thelma Dickinson
(Geena Davis) à l'accompagner durant un week-end à la montagne.
Celle-ci accepte, mais n'ose en informer son mariDarryl (Christopher
McDonald), dont elle craint la brutalité. Les deux jeunes femmes
s'arrêtent dans un dancing et Thelma, un peu ivre, se laisse draguer
par un beau parleur, Harlan (Timothy Carhart). Lorsque ce dernier tente
de la violer, Louise le tue. Dès lors, c'est une fuite désordonnée dont
le but est le Mexique. Mais l'argent manque. Louise contacte son ami
Jimmy Lennox (Michael Madsen), qui accepte de lui prêter 6000 dollars...
Ridley Scott, qui a visité à peu près tous les genres
cinématographiques, se lançait ici dans un road movie aussi
mélancolique que tragique. A vrai dire, il s'agit d'ailleurs beaucoup
moins de la description événementielle d'une course poursuite, que d'un
drame psychologique dont l'apparente superficialité n'est qu'un leurre.
Louise et son amie ont toutes deux, pour des raisons diverses, été
étouffées par le destin qu'elles ont choisi ou qui les a choisies. La
mort d'un homme va faire exploser le couvercle de la marmite. Celle-ci
a bouillonné si longtemps que la libération de la vapeur est aussi
désordonnée que violente et incontrôlable. Le décalage comportemental
initial (Louise est plus femme, plus mature ; Thelma est une grande
adolescente paumée, naïve, inconsciente, peureuse) subit, à
mi-parcours, une surprenante inversion, métamorphosant les amies
hétéroclites en deux créatures vibrant à l'unisson et follement ivres
de la pseudo libération qu'elle ont acquise au prix le plus élevé.
Susan Sarandon et Geena Davis donnent à leurs personnages une intense
vie tant extérieure qu'intime. Quant au flic, incarné par un Harvey
Keitel étonnamment humain, il nous rappelle le Red Garnett du
merveilleux "Monde parfait"
de Clint Eastwood (1993).
A travers une succession de paysages grandioses, magnifiquement
photographiés, cette quête du sens de la vie qui, par un engrenage
fatal, ne débouche que sur un jeu de gendarmes et voleurs privé de
l'innocuité de l'enfance, prend une dimension poignante lors d'un final
aussi intelligent que brutal.
Bernard
Sellier