Tracy Louise Freeland (Evan Rachel Wood) est
une ado qui vit avec son frère Mason (Brady Corbet) chez sa mère,
Mélanie (Holly Hunter). Celle-ci, séparée de son mari, survit en
faisant des permanentes et tente d'élever tant bien que mal ses deux
enfants. Tracy, subjuguée par l'aura dont bénéficie, au collège, la
charmeuse Evie Zamora (Nikki Reed), commence à voler pour se mettre à
son diapason. Elles deviennent amies inséparables et, sous l'égide de
la belle Evie, Tracy se lance dans l'expérimentation du sexe et de la
drogue. Mélanie ne tarde pas à se voir dépassée par les événements,
d'autant plus que la présence de son compagnon occasionnel, Brady
(Jeremy Sisto), détesté par Tracy, contribue à alourdir l'atmosphère
générale...
Fondé, comme "Ken Park"
sur le désespoir larvé qui gangrène un nombre de plus en plus important
d'adolescents dont les repères ont disparu, ce film est tout de même
loin du radicalisme et des choix extrémistes privilégiés par Larry
Clark. L'ouverture de l'histoire, proche d'un mega clip agité
visuellement, et amphétaminé aux musiques branchées, semble même
lorgner vers les comédies déjantées qui fleurissent depuis quelques
années. Mais, assez rapidement, la narration prend ses distances avec
la pantalonnade, pour suivre un chemin plus sérieux, dans lequel la
fièvre juvénile se mêle d'un mal-être occulte et grondant. Le scénario
concentre à peu près la totalité des souffrances ou dangers qui
guettent l'apprenti adulte : éducation mono-parentale, père scotché à
son téléphone portable, incapable de consacrer une heure à ses enfants,
compagnon de la mère drogué, besoin pathologique d'être reconnu,
agressivité envers les représentants de l'autorité, rébellion contre la
mère, découverte de la sexualité, exploration des limites et désir de
transgression des interdits... Bref, toute la panoplie est en
place.
Désireuse d'harmoniser le traitement visuel et narratif de son oeuvre
avec l'existence extérieure agitée et les remous intérieurs tempétueux
de ses personnages, la réalisatrice choisit une mise en scène
survoltée, un montage haché, une bande-son agressive, qui,
effectivement, ne détonent aucunement avec le sujet. C'est souvent un
peu trop et parfois épuisant (quand on n'a plus quinze ans, bien sûr
!). Cependant, malgré ces aspects clinquants, tape à l'oeil, Catherine
Hardwicke parvient à donner une véritable profondeur à son récit, à
procurer une vie intense à ses héroïnes. La justesse des relations
entre elles est évidente. Cela vient en grande partie de la présence
volcanique de Evan Rachel Wood, impressionnante d'authenticité aussi
bien dans la révolte dépressive que dans l'exaltation superficielle.
Mais il serait injuste d'oublier Holly Hunter, émouvante dans ses
tentatives maladroites d'harmonisation, et Nikki Reed qui donne à son
incarnation d'Evie le charme vénéneux et l'ambiguité qu'il
requiert.
Une fresque hypervitaminée dans laquelle s'incruste une angoisse
viscérale.