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" Tigerland ",        2000,

de : Joël  Schumacher, 

avec : Colin Farrell, Matthew Davis, Clifton Collins Jr., Tom Guiry, Nick Searcy,  

Musique : Nathan  Larson

*******

    

   Le camp d'entraînement de Fort Polk en Louisiane. Septembre 1971. Là sont formés à la dure, c'est le moins que l'on puisse dire, les futures chair à canon de la guerre du Vietnam. Parmi les appelés, un rebelle, Roland Bozz (Colin Farrell). Il devient l'ami de Jim Paxton (Matthew Davis) mais réussit le tour de force de se faire des ennemis aussi bien parmi les gradés, comme le sergent Thomas (James MacDonald), que chez ses collègues, parmi lesquels le raciste Wilson (Shea Whigham). A la fin de ces semaines éprouvantes, les attend pire encore : une semaine au camp de Tigerland, où sont reproduites les conditions qui les attendent au Vietnam...

    Quelle surprise ! Quelle claque ! Loin des films de guerre ronflants où bravoure rime avec horreur et honneur, comme le contemporain "We were soldiers", Joël Schumacher, que l'on n'attendait pas dans la démolition de ce genre hollywoodien, signe un virulent et insolent message à l'encontre de la guerre, d'où l'on ne revient vivant que si on n'y est pas parti, et de l'autorité militaire, destructrice de la personnalité humaine. La formation musclée des recrues, effectuée par le Sergent Foley dans "Officier et Gentleman" ressemble, à côté de celles-ci, à un séjour de thalassothérapie. 

    Le film est à l'unisson des images tournées comme un reportage brut de décoffrage : un coup de poing en pleine figure du conformisme et de l'obéissance passive, impersonnelle. Certes, l'opposition entre la réflexion de Bozz et la stupidité de la brute épaisse qu'est Thomas, entre le blanc et le noir, peut sembler tranchée, voire arbitrairement exagérée. Mais le souffle général, la succession de scènes qui vont directement à l'essentiel de la souffrance, de la détresse intérieure des protagonistes (voir le touchant Miter (Clifton Collins Jr.)), balaient tout sur leur passage et laissent le spectateur pantois, le souffle coupé par cette tornade d'insolence, d'insubordination réfléchie qui habite un Colin Farrell époustouflant de vie et de tension intérieure. 

    Non seulement la technique cinématographique, caméra à l'épaule, permet une implication physique dans ce bourbier dégradant et réaliste, mais surtout la spontanéité apparente des caractères, la simplification des psychologies réduite à l'état de squelettes bruts, fait avorter toute tentative de réflexion immédiate, de controverse intellectuelle, pour permettre à l'attention de se concentrer sur l'instant présent, le drame immédiat de chaque acteur. On sort de ce spectacle lessivé, abasourdi et cependant une certaine jouissance au coeur. Et Schumacher réussit la gageure de transformer in extremis son personnage principal, sans fioriture ni grandiloquence, le faisant passer de l'état de révolté primaire, de candidat à la désertion, au stade de révolté responsable.

    Explosif, mais pas dans le sens où l'on entend habituellement ce terme : l'armée comme on ne l'a pas vue bien souvent...

 Bernard  Sellier               

 

 

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