1996. Brock Lovett (Bill Paxton), un chasseur
de trésors renommé, explore l'épave du Titanic, qui a sombré par 3800
mètres de fond, 84 ans plus tôt. Il espère découvrir dans l'épave un
diamant fabuleux, le "Coeur de l'océan", qui vaut une fortune. Le robot
explorateur remonte à la surface un vieux coffre. Mais dans celui-ci,
pas de pierre précieuse. En revanche, le portrait d'une jeune et belle
femme. Loin de là, une vieille dame de 101 ans, Rose Calvert Dawson
(Gloria Stuart), voit à la télévision une interview de Brock. Elle le
contacte et se fait connaître : elle est la dame du portrait... En
avril 1912, elle embarquait avec sa mère Ruth (Frances Fisher) et son
fiancé, le richissime Caledon 'Cal' Hockley (Billy Zane)...
La dramatique traversée du paquebot prétendu insubmersible est bien
connue. Le déroulement des événements et le sort des 2200 personnes
disparues sont parfaitement connus et codifiés. Pas question ici d'un
quelconque suspense, tout au moins concernant le destin du
transatlantique. Nous ne sommes plus dans une fiction haletante comme
le fut quelques années plus tôt le merveilleux "Abyss".
La justesse des faits est rigoureusement suivie, jusque dans le
minutage du naufrage qui est quasiment respecté.
Il est inutile de s'étendre sur l'exceptionnelle reconstitution opérée
par les équipes du film, époustouflante de vérisme, car elle a été,
avec juste raison, unanimement célébrée. Chaque aspect de la tragédie,
chaque décor, chaque caractérisation des groupes humains, ne méritent
que des superlatifs. L'idée géniale d'ouvrir le récit par un aspect
documentaire, permettant de relier, grâce au fil d'une mémoire humaine,
le temps présent et celui du début du dix-neuvième siècle, contribue
encore à renforcer la crédibilité de l'ensemble.
Mais la réalisation de James Cameron ne se contente pas de se
positionner en chef d'oeuvre absolu du genre "film catastrophe".
Contrairement à ses consoeurs qui ont pour habitude de mettre en avant,
plus ou moins artificiellement, une douzaine d'individus hétéroclites,
les dotant de quelques traits grossiers qui tiennent lieu de
personnalité psychologique, Cameron compose une véritable intrigue
romantique et sociale qui, à elle seule, serait capable de donner
naissance à un scénario palpitant. Que ce soit dans les soirées des
élus de la première classe, où le champagne et les banalités de salon
coulent à flot, que ce soit dans les festivités irlandaises endiablées,
où bière et whisky enflamment les corps, la justesse de ton est telle
que le spectateur a l'impression de participer à la vie du navire,
d'être propulsé au milieu de ces passagers condamnés à l'horreur. Issus
de ces deux mondes qui, non seulement s'ignorent, mais surtout se
méprisent, Rose et Jack (Leonardo DiCaprio), qui a gagné son billet
grâce au poker, réalisent la conjonction des contraires, que Romeo et
Juliette ont jadis immortalisée.
Mais ils ne phagocytent pas l'attention. Autour d'eux, tout un monde
intensément vivant grouille. Ruth, la mère égocentrique, méprisante et
glaciale ; Caledon, le macho cynique et révoltant ; Spicer Lovejoy
(David Warner), le majordome patibulaire et dangereux ; Molly Brown
(Kathy Bates comme toujours extraordinaire de présence), la parvenue
méprisée par la classe dans laquelle sa richesse lui permet
d'évoluer ; le Capitaine Smith (Bernard Hill), anéanti par l'erreur
commise ; Thomas Andrews (Victor Garber), le concepteur du navire,
atterré par le drame que personne n'aurait osé imaginer... Tous
occupent une place indispensable, qui ne relève en rien de
l'opportunisme ponctuel. Ils sont intégrés totalement dans la vie
générale qui s'écoule sous nos yeux. Romantisme et réalisme ont bien
rarement formé un couple aussi harmonieux. Quant à la musique, qui sait
se faire discrète, elle communie à merveille avec cet ensemble
fascinant. Génial !