Louis
"le Mexicain" (Jacques Dumesnil), un truand de la vieille
école exilé depuis des années outre-Atlantique, revient en France
pour y mourir. Mais, auparavant, il fait venir son vieil ami, Fernand
Naudin (Lino Ventura), afin de lui léguer ses "affaires" et
sa fille, la jolie Patricia (Sabine Sinjen). Mais ce testament n'est pas
vraiment du goût des directeurs en place : les deux frères Volfoni,
Raoul (Bernard Blier) et Paul (Jean Lefebvre), ainsi que Théo (Horst
Frank) et Tomate (Charles Régnier) entendent bien faire avaler rapidos
à Fernand son bulletin de naissance. Mais Pascal (Venantino Venantini),
l'homme de main de feu Louis, est fort efficace... Et ça commence à
défourailler à tout va...
Il y a dans le cinéma français quelques merveilles dont chaque scène
demeure gravée dans les mémoires. De purs joyaux qu'il est
inconcevable d'imaginer servis par des visages différents de ceux qui
les ont immortalisés. Dans la comédie dramatique, il y a "Marius",
"Fanny",
"César".
Dans la parodie policière, c'est ce film, sorti un an avant "Les
Barbouzes", qui occupe
une place de choix au panthéon des souvenirs émus. L'histoire, assez
lâche au demeurant, n'est d'aucune importance. Mais le traitement
scénique et la jouissance du verbe qui lui sont appliqués se
révèlent magistraux. On n'en finirait pas de citer toutes les scènes
cultissimes dont regorge cette histoire : de la séquence de
dégustation du "vitriol" à la demande en mariage burlesque
de Monsieur Adolphe Amédée Delafoy (Pierre Bertin), admirant les
beautés de la villa tandis qu'une bataille rangée se déroule autour
de lui, en passant par l'intérieur "musical" d'Antoine ou les
visites musclées de Fernand sur la péniche des Volfoni, on ne sait
plus où donner de la glande lacrymale.
Mais cette réussite jubilatoire dans l'action et la parole ne
donneraient pas naissance à un tel enchantement, s'il n'y avait
cette pléiade d'acteurs, qui oscillent tous, du plus petit rôle
jusqu'aux ténors, entre le fascinant et le grandiose. Là aussi,
l'admiration déborde : entre Claude Rich snobinard allumé, Patricia
mutine à souhait, le duo des fines gâchettes qui ont des états
d'âmes, Robert Dalban qui assomme ses visiteurs de retentissants
"yes, Sir", Jean Lefebvre pleurant sous l'effet du vitriol, ou
encore Lino, toujours au bord de la crise de nerfs, la coupe déborde !
La palme revient tout de même à Bernard Blier qui, grâce aux
dialogues aiguisés d'Audiard, porte son personnage au sublime.issements
interviennent dans le cours du récit, l'envoûtement est toujours aussi
intense...