Il y a des moments où la
pondération et le calme sont balayés par un tourbillon intérieur qui
hurle sa colère égoïste et primale...Lorsque je suis sorti de la vision
de ce film, j'avais bien de la difficulté à contenir le flot de rejet
qui bouillonnait !
"Tosca" est un chef d'œuvre
de concision et de dramatisme. Mais il faut reconnaître que les cadres
des trois actes ne sont pas particulièrement attrayants ou dépaysants
(contrairement à "Madame Butterfly", par exemple, dont
l'exotisme est attirant). Alors un grave problème se pose !
Comment être original en filmant des scènes intimistes ? (Il sembleraît
que si l'on n'est pas novateur à l'orée du troisième millénaire, on est
un ringard décadent !)... Et en filmant, a fortiori, un opéra archi
connu, qui l’a déjà été, par exemple, en respectant le temps et les
lieux (avec Placido Domingo et Zubin Mehta). Car il faut, bien
évidemment montrer sa « patte » de réalisateur.
Choisir un couple vedette
beau physiquement et vocalement. C’est le cas ici. Sans contestation
possible. Mais, on s'en doute, cela ne suffit pas !
Aujourd'hui, il ne saurait être question de transcrire sur une
pellicule simplement de belles images et des sons sublimes (même si
c’est en dts !).
Quelques recettes
simples s’imposent alors :
Tout d’abord, vous insérez
dans le cours de l’opéra, au petit bonheur, quelques photos grisâtres
et le plus laides possibles, dont l’intérêt échappe totalement au
spectateur lambda.
Ensuite, à l’instant du duo
d’amour, sublime de simplicité, vous commencez celui-ci en recouvrant
le chant des deux amants par un texte parlé qui possède l’immense
mérite de recouvrir les voix et réussit
effectivement sa mission :
casser totalement la beauté pure de la scène.
Enfin vient le couronnement suprême, car il en faut nécessairement un.
Vous attendez la scène finale, abrupte et sauvage, lorsque Tosca, folle
de douleur en apprenant la mort de son amant, hurle son désespoir et se
jette du haut du Château Saint-Ange. Lorsque la dernière note de
l’orchestre s’évanouit, vous demeurez en apesanteur, comme hypnotisé
par la violence du son et de l’acte. Et votre âme éprouve un besoin de
paix, de silence pour atténuer peu à peu cette blessure, pour se détacher de cette
souffrance à laquelle vous vous êtes peut-être identifiés.
Alors, voilà le moment idéal pour effectuer un saut d’image instantané
sur la cantatrice qui hurle un « whaouh » dans son
micro ! Comme c’est original, intelligent, profondément
inattendu ! Bien sûr, si vous aviez le réalisateur sous la
main, il vous viendrait peut-être des envies de violence... Mais quelle
satisfaction, pour le spectateur, d’avoir eu la chance d’assister à un
montage inattendu, à un massacre artistiquement réfléchi !
Pour terminer par quelques
pointes d'humour, excellente thérapeutique pour apaiser les élans
parfois dévastateurs de notre ego, il serait possible de
suggérer à Benoît Jacquot quelques « trouvailles »
pour les éventuels opéras futurs qu’il pourrait avoir l’intention de
revisiter :
Quelques morceaux de rap
introduits aux moments clés de « la Flûte enchantée »
Un doublage réaliste
effectué par Rocco Siffredi dans « Carmen » ou
« Don Giovanni ».
Quelques scènes
« gore » insérées subtilement dans « le
Vaisseau fantôme ».