Fin du 19ème siècle à
Londres. Un vol vient d'être commis à la Banque d'Angleterre. En fait,
ce n'est pas l'or qui a été dérobé, mais un Bouddha de jade et le
coupable n'est autre qu'un modeste Chinois, Lau Xing (Jackie Chan).
Poursuivi par la police, il n'a d'autre choix que de se faire passer
pour le domestique d'un inventeur farfelu, Phileas Fogg (Steve Coogan).
Ridiculisé par le ministre des sciences, Lord Kelvin (Jim Broadbent),
Fogg accepte le défi que lui lance son ennemi : effectuer le tour du
monde en moins de 80 jours. S'il réussit, Kelvin accepte de céder sa
place au gagnant. Mais, il va de soi que telle n'est pas son intention.
Il lance sur les traces du jeune homme et de son valet, devenu
"Passepartout", l'inspecteur Fix (Ewen Bremner), avec mission
de faire échouer la tentative coûte que coûte...
A la suite de quelques expériences pour le moins déroutantes, il est
possible de craindre le pire lorsque Hollywood et ses réalisateurs
"passe-partout" se lancent dans l'adaptation d'ouvrages
français. L'aventure y trouve quelquefois un certain flamboiement, mais
le consternant est souvent au bout de la pellicule (par exemple la
pitoyable "Vengeance
de Monte-Cristo" de Kevin
Reynolds). A priori, Jules Verne, grand créateur d'illusions et
inventeur de génie, pouvait se prêter à une adaptation plus ou moins
fidèle, sans que l'on crie au crime de lèse-majesté. Malheureusement,
comme dans beaucoup d'autres cas, le rendu est bien pâle en comparaison
de l'original ! Oh, certes, il y a du mouvement, du bruit, des
nouveautés, auxquelles l'auteur n'avait pas pensé, la principale
étant l'introduction d'un valet adepte du kung-fu, et membre de la
confrérie guerrière des "dix tigres". Personnellement, j'ai
toujours trouvé insupportables Jackie Chan et ses prestations, certes
acrobatiques, mais trop proches de la pitrerie pour emporter
l'enthousiasme et l'intérêt. Paradoxalement, bien que Fogg soit assez
judicieusement choisi, l'ensemble scénaristique est d'un niveau si
lamentable, qu'il apparaît ici quasiment comme le "maillon
fort", du fait que son histoire de Bouddha séculaire et le
sérieux de sa mission procurent au personnage une humanité vivante qui
contrebalance efficacement l'aspect superficiel de ses performances
voltigeuses. Si l'on excepte quelques moments aussi kitsch qu'hilarants,
dont le sommet est sans conteste l'apparition d'Arnold Schwarzenegger en
Prince Hapi qui s'est fait statufier par Rodin en personne, le reste se
résume à des séquences de combats volants que l'on a vus cent fois
filmés plus artistiquement, et à des pointes humoristiques dignes d'un
almanach Vermot du pauvre. Le sens de l'épique, le suspense, les
péripéties tragiques du voyage, le parfum de l'aventure impossible qui
imbibent le roman, ont ici complètement disparu, ne laissant place
qu'à une succession de séquences agitées, tape à l'oeil, d'une
superficialité et d'une pauvreté dramatique intenses.
Un exemple parfait du n'importe quoi destiné à une consommation
immédiate, éphémère et oubliable dans l'heure qui suit.