Mélanie
Prouvost (Julie Richalet) a 8
ans et se passionne pour le piano. Lors d'un concours, la
fillette
est déconcentrée par l'un des membres du jury, la
célèbre pianiste Ariane Fouchécourt (Catherine Frot), qui signe un
autographe durant l'audition. Une douzaine d'années plus
tard,
Mélanie (Déborah François) entre comme stagiaire dans le cabinet d'un
avocat renommé, Jean Fouchécourt (Pascal Greggory). Celui-ci cherchant
une baby-sitter pour son fils, Tristan (Antoine Martynciow), la jeune
fille propose ses services. Ariane, fragilisée psychologiquement par un
accident de voiture survenu deux ans plus tôt, se rend compte que
Mélanie connaît la musique. Elle l'engage comme "tourneuse de pages"...
Passablement déconcertant, ce film très court (moins de 80 minutes), au
scénario simplissime, habité par un ascétisme
inhabituel dans la production cinématographique grand public. Après une
exposition des plus brèves, l'évolution dramatique attendue semble
relativement prévisible. Mélanie commence un lent travail de sape dont
on imagine sans peine quel sera son aboutissement. Mais le réalisateur,
également co-scénariste, conduit sa narration avec une subtilité
évidente. Après avoir un instant égaré le spectateur en lui faisant
entrevoir une bifurcation ponctuelle vers un chemin style "La main sur le berceau",
il le surprend à nouveau, éthérise son dénouement en refusant toute
théâtralité. Approche intelligente certes, mais surtout intellectuelle,
dans laquelle les suggestions, les non-dits, les regards, les silences
sont rois. Cette austérité semble parfois bien artificielle, d'autant
plus qu'elle provoque une certaine gratuité des évolutions
psychologiques, et, par voie de conséquence, des rebondissements à la
justesse douteuse. Quant aux personnages, le moins que l'on puisse dire
est qu'ils n'appellent pas l'empathie du spectateur. A priori
antipathique, Ariane devient touchante dans sa fragilité, tandis que
Mélanie, étrangement monocorde, traverse la quasi totalité du film dans
un état fantomatique souvent rebutant. Une oeuvre qui fait penser à du
Chabrol tiède, dans laquelle toutes les aspérités émotionnelles sont
arasées et qui, de ce fait, ne provoque chez le spectateur qu'une
attention froidement distinguée. Dommage...