Au
Mexique, dans la région de Tijuana, le policier Javier Rodriguez
(Benicio del Toro) et son collègue Manolo Sanchez (Jacob Vargas)
mettent la main sur un lot de drogue appartenant à l'un des deux
cartels qui ont la main mise sur le trafic. Le Général
Arturo Salazar (Thomas Milian) s'est donné pour mission de mettre fin
au cartel dirigé par les frères Obregon. Pendant ce temps, en
Californie, Carlos Ayala (Steven Bauer), riche entrepreneur, est arrêté
sur dénonciation d'un petit trafiquant de drogue, Eduardo Ruiz (Miguel
Ferrer). Tandis qu'à Washington, Robert Wakefield (Michael Douglas) est
nommé responsable de l'Office de contrôle des stupéfiants...
C'est à un véritable ballet protéiforme et tragique que nous convie le
réalisateur. Loin des divertissantes superficialités affichées par les "Ocean's eleven"
et ses suites, Steven Soderbergh scrute au plus près le combat aussi
dérisoire que courageux livré par certains représentants d'une
autorité souffreteuse, mais aussi le déchirement individuel de tous
ceux qui, quelle que soit leur implication ou leur situation, sont
confrontés charnellement à la déchéance qui accompagne le trafic de
drogue et son usage commun. Manipulations tous azimuts, exécutions
sommaires, trahisons, lâchetés, dégradation inexorable de la cellule
familiale, tous ces aspects se fondent dans un patchwork à la fois
sinistre et terriblement vivant. L'esthétique du film, très typée et
originale, surprend quelque peu. Les séquences mexicaines sont perçues
à travers un filtre jaune, celles qui touchent l'administration
américaine et la vie privée de Robert Wakefield le sont à travers un
filtre bleu, tandis que celles qui concernent Le couple Ayala ne
subissent aucun traitement. Mais, outre que le spectateur s'habitue
rapidement à ces choix, ceux-ci ne grèvent jamais la vraisemblance, le
réalisme ou l'authenticité du propos. Le constat final, sombre, est
quasiment sans appel. La lutte est perdue d'avance. Tout simplement
parce que la demande est toujours plus étoffée, et que la justice ne
peut combattre à armes égales avec des puissances financières
criminelles capables de corrompre n'importe quel gouvernement.
Transportée par un rythme sans faille, habitée de plongées troublantes
dans l'intimité des protagonistes, l'oeuvre va droit à l'essentiel,
affiche une clarté narrative exemplaire malgré la multiplication des
différents intervenants et lieux, et se montre constamment
passionnante, voire d'une effrayante lucidité.