Flic depuis moins de deux
ans, Jake Hoyt (Ethan Hawke), souhaite intégrer la brigade des stups.
C'est un jour important pour lui, puisqu'il doit faire équipe, pour un
essai, avec Alonzo Harris (Denzel Washington), un policier décoré à
plusieurs reprises, et démontrer ses éventuelles capacités de futur
Inspecteur. Le premier contact entre les deux hommes est plus que
déroutant pour le jeune novice. Quelques événements mineurs, gérés de
manière étrange par son mentor, ne manquent pas de surprendre Jake.
Mais il n'est pas au bout de sa stupéfaction, lorsque Alonzo effectue
une descente musclée chez Roger, qui semblait pourtant être son ami...
Denzel Washington, coutumier, comme l'était, jadis, Gary Cooper, des
rôles de "gentils" (même lorsqu'il pète les plombs et prend quelques
otages comme dans "John Q",
c'est pour la meilleure cause qui soit...), a surpris son monde en
campant une ordure de première grandeur, et n'a pas volé son Oscar.
Mais, au-delà de ce contre pied remarquable, il est juste de célébrer
également le travail du scénariste et celui du réalisateur. La trame
commence comme des centaines d'autres : le "bleu" mis en contact avec
un vieux routier, la prise de contact, stressante et déboussolante,
avec la réalité de la rue qui n'est jamais enseignée dans les écoles de
police, l'idéal théorique de pureté, confronté à la réalité laxiste et
calculatrice... Rien de vraiment nouveau, si ce n'est, déjà, une
intensité troublante dans les rapports humains, où ironie, brutalité et
rigidité traditionnelles se colorent déjà d'une noirceur notable. Mais
ce n'est rien, à côté de la descente aux enfers, subtilement
programmée, qui attend le naïf Jake, et que la narration ne dégoupille,
vicieusement, qu'aux deux tiers de l'histoire.
Toutes les péripéties superficielles, ingurgitées dans la première
heure, comme un passage superflu dans le monde stéréotypé des bas-fonds
vu par le cinéma, comme une installation vivante de personnages hauts
en couleurs, mais habilement préfabriquée, prennent d'un coup une
dimension majeure. Leur apparente inutilité dramatique se désintègre,
pour laisser place à une position essentielle dans le puzzle retors qui
se dessine d'un coup sous nos yeux. Mais la réussite de l'oeuvre tient
surtout au fait que cet inattendu machiavélique n'est pas une fin en
soi. Il n'est que la cerise sur le gâteau. L'ensemble est à marquer
d'une pierre blanche, tant la dissection psychologique des personnages
est aiguë, tant l'énergie détonante des pulsions est en permanence
percutante, tant le réalisateur parvient, en quelques scènes, à plonger
le spectateur dans l'atmosphère irrespirable des quartiers interdits.
Ethan Hawke, parfois transparent, fait ici preuve d'une alliance
réussie de fragilité et de véhémence désespérée. Quant à Denzel
Washington, mélange fulminant d'ironie agressive, de douceur
persuasive, et de fourberie criminelle, il est tout simplement
grandiose !
Particulièrement habile et hautement excitant !
Film sur
IMDB