Roy
(Woody Harrelson) et sa femme Jessie (Emily Mortimer) sont venus à
Pekin à l'occasion d'un jumelage que leur église américaine organise
pour venir en aide aux enfants chinois. Pour prodiguer à son épouse un
parfum d'aventure, Roy a choisi de voyager par le Transsibérien pour
regagner Moscou. Dans le train, le couple fait la connaissance de Abby
(Kate Mara) et de son compagnon Carlos (Eduardo Noriega), qui partagent
leur compartiment. Après avoir quitté Irkoutsk, Jessie se rend compte
avec angoisse que Roy n'est pas remonté dans le train...
Chez le spectateur qui entre dans le film sans rien connaître de
son contenu, s'installe durant une assez longue période une
ignorance enrichissante des voies que va emprunter le scénario.
Certes, les premières minutes d'exposition ont ouvert une direction
précise. Mais, fort habilement, l'histoire installe ensuite très
progressivement l'oppression, le malaise, ménage avec intelligence les
développements qui vont peu à peu quitter la sérénité pour cotoyer le
drame. Globalement, même si le voyage de Roy et de Jessie atteint un
instant les frontières du cauchemar, l'oeuvre se situe beaucoup plus
dans le registre de la tragédie intimiste que dans celui du polar. A
côté d'un Woody Harrelson gentillet mais falot, c'est Jessie qui habite
véritablement le film, portant sur ses épaules le poids d'un secret que
l'on pourrait croire, à tort, beaucoup trop lourd pour elle. C'est avec
maîtrise et justesse que son personnage traverse une crise
existentielle majeure, quasiment initiatique (qu'il est faicile de
sombrer dans le côté obscur alors que l'on croit se tenir ferme dans la
lumière !), et Emily Mortimer vit son épreuve avec autant de
conviction que de subtilité. L'intrigue policière, à laquelle les
puristes pourront reprocher une certaine approximation, voit son
aura relevée par l'ambiguïté de Ben Kingsley, toujours mémorable même
dans les rôles les plus brefs ou ingrats. Dépaysement assuré, tension
savamment dosée, avec, au final, un portrait de femme touchant et
sincère.