1200
ans avant Jésus-Christ. Le roi de Mycènes, Agamemnon (Brian Cox), a
réalisé d'immenses conquêtes. Même la Thessalie, qui lui échappait
jusqu'alors, se soumet, après le duel des deux meilleurs guerriers de
chaque camp, Achille (Brad Pitt) l'invincible contre le géant Boagrius
(Nathan Jones). Menelas (Brendan Gleeson), roi de Sparte et frère
d'Agamemnon, est las de combattre. Il offre la paix à Troie et reçoit
les deux fils du Roi Priam (Peter O'Toole), Hector (Eric Bana) et Pâris
(Orlando Bloom). Mais Cupidon frappe et Pâris devient fou amoureux de
l'épouse du roi, Hélène (Diane Kruger). La jeune femme décide de partir
avec son amant à Troie. Fou de rage, Menelas lève une armée pour
assiéger la ville. Il reçoit l'aide d'Agamemnon, ravi d'avoir
l'occasion de conquérir ce royaume qui lui a toujours résisté. Un
millier de navires abordent le rivage et mettent le siège devant les
murailles...
Est-ce l'effet "Gladiator" ? Toujours
est-il que le peplum, dieu des années soixante, qui avait quasiment
disparu des écrans, retrouve une nouvelle jeunesse grâce aux effets
numériques. Les dizaines de milliers de figurants de "Cléopatre" ont laissé place
aux logiciels informatiques... Est-ce un bien ? Si l'on se place en
tant que spectateur d'une fresque épique, seul compte le résultat. Il
est ici plus que convaincant. Passons d'abord sur les aspects les moins
enthousiasmants de l'entreprise. A savoir le classicisme de la
narration et de la réalisation. Les esprits chagrins pourraient même
dire l'impersonnalité de celles-ci. Il est évident que la conduite du
récit est linéaire, sans éclats, sans surprises, sans invention,
faisant alterner dans une logique primaire les scènes de combat et les
scènes intimistes. Les batailles, que certains critiques ont jugées
très mollement filmées, sont surtout brouillonnes et peu lisibles
visuellement. Cela dit, elles ne constituent pas l'essence de
l'histoire, heureusement.
Si l'on regarde les aspects positifs de l'oeuvre, ils concernent
fondamentalement les personnages et, sur ce plan, la réussite est
incontestable. Passons tout d'abord sur la "vedette" du film :
l'Achille de Brad Pitt. Loin d'être phagocyté par le charme lisse de
l'acteur, il offre une intensité fort intéressante et le dualisme
homme-dieu est rendu de manière assez pertinente. Il est à la fois
l'orgueil, la colère aveugle, la sauvagerie du guerrier antique,
pourtant il est simultanément capable de discerner la noblesse divine
d'un adversaire (cf. la belle scène avec Priam). Mais il est très loin
d'occuper l'espace et la narration à lui seul. Le réalisateur est
parvenu a donner une personnalité simple, riche, peut-être
éloignée de la vérité historique, mais qui pourrait le certifier
!, à d'innombrables protagonistes aussi bien primordiaux que
secondaires : Eudore (Vincent Regan), second d'Achille,
Patrocle (Garrett Hedlund), le cousin bien-aimé dont la mort sera le
catalyseur de la ruine troyenne, Agamemnon, roi cruel et médiocre,
Ulysse (Sean Bean), Priam (extraordinaire Peter O'Toole !), Pâris,
fragile et tendre, Briseis (Rose Byrne), écartelée entre sa nature
Troyenne et son amour pour Achille, et surtout Hector, qui, avec une
sobriété remarquable, campe un être d'une noblesse exceptionnelle. De
sorte que l'on oublie vite l'absence d'originalité de la trame, pour
s'identifier à tous ces humains écrasés par un destin qu'ils croient
inéluctable. Quant aux "Dieux", ils sont, bien plus que les
hommes, les personnages majeurs de cette tragédie programmée,
tant leur ombre plane sur les âmes et les actes.
Globalement très équilibré, le film offre quelques scènes mémorables,
tant dans l'action pure (le débarquement des milliers de bateaux,
l'attaque aux boules de feu, le duel Hector-Achille) que dans la
sensibilité intimiste (les adieux d'Achille à sa mère, de nombreuses
séquences dans le palais de Priam, les Troyens ayant été manifestement
favorisés par le traitement narratif). Au final, une oeuvre tout à fait
intéressante, qui, par le simplisme de sa conduite, rend avec bonheur
le côté primitif de la mythologie.
P.S. A noter pour ceux que passionne la
mythologie, un livre original et captivant de Robert Emmanuel : LA
MYTHOLOGIE DE LA GRECE ANTIQUE - VUE ET EXPLIQUEE PAR SES ECOLES A
MYSTERES.
On y trouve une interprétation initiatique de tous les grands mythes et
légendes. A découvrir impérativement...