Harry Tasker (Arnold
Schwarzenegger) est un inoffensif représentant en informatique. Du
moins est-ce la version de sa vie qu'il donne depuis quinze ans à sa
charmante épouse, Helen (Jamie Lee Curtis), qui s'ennuie quelque peu.
En fait, Harry est un redoutable agent secret qui, en association avec
son collègue Albert (Tom Arnold) participe à des missions hautement
périlleuses. Revenu de l'Est, deux nouveaux challenges l'attendent :
retrouver les têtes nucléaires que le terroriste Abu Aziz (Art Malik) a
achetées aux Russes, et découvrir quel est l'homme mystérieux, Simon
(Bill Paxton) que sa femme rencontre en secret...
Il est certain que, depuis septembre 2001, pour avoir vécu la réalité
abominable en direct, il est impossible de regarder ce type de film de
la manière distanciée et décontractée dont on l'aurait fait
auparavant.
Ce film explosif s'ouvre et se clôt sur "Le beau Danube bleu" de Johann
Strauss, suivi d'un tango érotiquement endiablé. Et ce n'est pas là la
moindre des surprise et des inventions qui parsèment l'oeuvre. On y
trouve pêle-mêle un Charlton Heston borgne amateur de gros mots, un
faux espion, trouillard et incontinent (Bill Paxton), tout aussi réussi
que celui incarné par Michel Boujenah, et un nombre incalculable de
petites trouvailles visuelles qui réjouissent les zygomatiques. Cette
réalisation est, on le sait, un remake de celle de Claude Zidi, "La
totale", sorti trois ans plus tôt, dans laquelle s'ébattaient
joyeusement Thierry Lhermitte, Eddy Mitchell et la délicieuse
Miou-Miou. Il faut reconnaître que, lorsque les Américains délaient à
leur sauce un film français, les résultats ne sont pas toujours
mirobolants. En tout cas, souvent inférieurs aux originaux. C'était le
cas, par exemple de "Nom de code Nina", ou de la resucée de "Trois
hommes et un couffin". Ici, c'est tout à fait le contraire. Non que le
film de Claude Zidi ait été mauvais, loin de là ! Mais James Cameron,
déchaîné, nous apporte sur un plateau une oeuvre qui, à quelques
pétouilles près, n'est pas loin de la perfection.
Ce cocktail d'action et d'humour, incrusté de thérapie conjugale et de
moments de poésie (Schwarzie désireux de reconquérir sa dulcinée, et
déposant sur elle une rose) est tout simplement un délire jouissif de
la première à la dernière image. Le scénario est efficace. Les
cascades, pour abracadabrantes qu'elles soient, ne virent cependant
jamais au n'importe quoi délirant qui transforme les films d'action
récents (dont le dernier James Bond) en jeux vidéo artificiels. Et voir
la métamorphose de Jamie Lee Curtis (décidément exquise dans l'humour à
la mode de "Un poisson nommé Wanda") passant de la bourgeoise coincée,
engoncée dans son imperméable, à la Mata-Hari de la fin, est tout
simplement un délice. Le méchant est vraiment très méchant, et
Schwarzie promène son sourire Gibbs et son humour décapant sur toute
cette histoire avec un flegme ironique que l'on n'associe pas toujours
à ses prestations.
Dans le genre, c'est tout à fait génial !