Mickey Knox (Woody Harrelson) fait un jour la
connaissance de Mallory (Juliette Lewis), qui subit les violences de
son père (Rodney Dangerfield). Après l'avoir liquidé, ainsi que sa
femme, ils partent tous deux à l'aventure. Leur parcours est semé de
cadavres. Un policier, Jack Scagnetti (Tom Sizemore), se lance
à leur poursuite avec acharnement, tandis que Wayne Gale (Robert Downey
Jr.), présentateur célèbre de l'émission culte "American Maniacs", ne
rêve que de les avoir comme vedettes de sa production.
Sans conteste le type d'oeuvre qui ne peut laisser personne indifférent
! Une sorte de "Funny Games" complètement déjanté, dopé à l'adrénaline
pure, dans lequel se télescopent, avec une frénésie démesurée,
massacres en tous genres, images en noir et blanc, cadrages houleux,
incursions de bandes dessinées, ruptures de ton, fausses sitcoms,
reportages, plans clipesques, visions psychédéliques et, en certaines
minutes rarissimes, de fugitifs instants de poésie éthérée... Si Oliver
Stone a souhaité procurer au spectateur une idée du foutoir sanguinaire
et barbare que sont les esprits de Mickey et Mallory, il a parfaitement
atteint son but. C'est éprouvant, affolant et bouleversant !
Mais, ce qui est le plus remarquable, c'est que cette folie démoniaque
n'est pas circonscrite à l'univers interne des deux tourtereaux
psychotiques. Le monde qui les entoure n'est pas mieux loti ! Entre
Jack Scagnetti, inquiétant flic maniaque, Wayne Gale, capable de
n'importe quelle bassesse pour obtenir ce qui lui permettra de grimper
dans l'audimat, et Warden Dwight McClusky (Tommy Lee
Jones), directeur de prison totalement à la masse, on ne sait
à qui donner la palme du délire majuscule. Le réalisateur et l'auteur
de l'histoire, Quentin Tarentino, dont on retrouve aisément le goût
pour les carnages extrêmes, ont choisi (tout au moins dans cette
version de 1h45, car il paraît qu'un autre montage infirme cette
constatation) de ne prendre aucun recul par rapport au déroulement des
événements, ce qui n'est pas sans provoquer un malaise permanent.
Malaise d'ailleurs encore renforcé par le plan final. La condamnation
sans concession des médias est évidente, mais son intégration dans une
tornade générale de jouissance criminelle libératrice laisse pour le
moins perplexe ! Quel que soit l'impact de ce maelstrom sur les nerfs,
l'émotionnel, l'intellect des spectateurs, il est de toute manière
indéniable que l'oeuvre marque de façon indélébile, tant par le fond
que par la forme. Mickey et ses lunettes orange, Mallory et son sourire
carnassier, ne sont pas des personnages que l'on oublie de sitôt !