1936. A Moscou, un jury élit la ballerine qui deviendra la
première danseuse du Bolchoï. Tatiana (Rita Poelvoorde) est battue,
mais devient l'épouse de Boris Itovitch (Jorge Donn). En Allemagne, le
pianiste Karl Kremer (Daniel Olbrychski) est encensé par Hitler. En
France, une jeune violoniste, Anne (Nicole Garcia), épouse un
Juif, Simon Meyer (Robert Hossein). Aux Etats-Unis, l'épouse du
musicien Jack Glenn (James Caan), Sarah (Géraldine Chaplin), accouche
d'une petite fille. Bientôt, la guerre éclate...
Voici sans doute l'un des films de Claude Lelouch
pour lequel l'adage "pourquoi faire simple quand on peut faire
compliqué" se révèle le plus adapté. Avec quatre grands groupes
familiaux (plus les à-côtés), répartis sur plusieurs continents,
auxquels s'adjoignent, sur deux décennies, puis quatre décennies, les
enfants et petits enfants, incarnés souvent (heureusement pour la
compréhension !) par le même acteur, le scénario affiche une richesse
narrative qui vire parfois à l'overdose. D'autant plus que,
paradoxalement, les drames observés, qui se veulent intimistes, se
voient souvent réduits à quelques séquences plus (le fils d'Anne
abandonné sur la voie de chemin de fer, Karl Kremer interprétant la
première symphonie de Brahms devant une salle vide) ou moins inspirées
ou intenses. Le spectateur se perd passablement dans cette foultitude
de saynètes éclatées, qui ont une certaine difficulté à composer une
fresque réellement synthétique et poignante. L'idée originelle de
donner à la musique une fonction fédératrice sur ces destins divers
est, en soi, excellente. Mais, si les grands moments pendant lesquels
Jorge Donn explose de charisme artistique (le "Boléro" de Ravel à
l'ouverture, par exemple), provoquent un envoûtement immédiat, il n'en
est pas de même de nombreux passages nettement plus... faibles (la
chanson des "Uns et les autres"...). L'oeuvre montre, à l'évidence,
qu'il est très difficile d'instaurer un climat émotionnel vivace
lorsque la narration multiplie les intervenants, les époques, et les
interactions. Claude Lelouch n'a jamais été, à mon sens, plus
enjôleur, chaleureux, captivant, que lorsqu'il choisissait la simpicité
("Itinéraire d'un enfant gâté", "Un homme et une femme", "La bonne
année"...).
Film sur
IMDB