La guerre en Tchétchénie a
pris un tour dramatique. Un dissident russe s'est retiré avec une
partie de l'armée soviétique dans une base de missile de l'extrême est
du pays et menace directement de frappes nucléaires le Japon et les
Etats-Unis. Le sous-marin USS Alabama, fer de lance de la défense
américaine est envoyé en urgence dans la zone, sous le commandement du
capitaine Frank Ramsey (Gene Hackman). Son second ayant eu une crise
d'appendicite aiguë, on lui adjoint à la dernière minute Ron Hunter
(Denzel Washington), brillant officier, mais possédant très peu
d'expérience militaire. Quelques jours plus tard, arrive un message
flash intimant l'ordre d'envoyer les ogives nucléaires sur l'ennemi.
Puis quelques minutes plus tard, parvient un début de message
interrompu. Ramsey donne l'ordre de frappe. Mais Hunter, qui doit
confirmer cet ordre, refuse, désireux de connaître la fin du second
message, dans le cas où un contre-ordre serait intervenu. Les deux
hommes s'affrontent et Hunter prend le commandement du sous-marin...
Sujet fort.
Hommes forts. Dilemme tragique... Fidèle à son tempérament et à son
image de marque, Tony Scott ne s'embarrasse pas de finesse et
d'atermoiements. Dès la première minute de film, tout est dit sans
fioritures : premièrement les trois hommes les plus puissants du monde
sont le Président des Etats-Unis, celui de l'URSS et... le commandant
de l'USS Alabama, à savoir Ramsey ! Deuxièmement, la troisième guerre
mondiale est sur le point d'éclater, et seul le sous-marin sus-nommé
est à même de protéger le monde ! Si l'on accepte de passer sur cet ego
surdimensionné des Américains, (mille fois hélas justifié dans la
réalité, puisqu'ils sont, à l'évidence, pour l'heure, les maîtres
incontestés de la planète !), et sur le couplet patriotique
d'ouverture, on ne peut qu'être fasciné par cette aventure qui ne
laisse pas une minute de répit au spectateur. Rythme, efficacité,
suspense constant, retournements de situations, drames intérieurs comme
peut en connaître un sous-marin, affrontement d'hommes, tout concourt à
insuffler le maximum de tension dans le minimum de temps et d'espace.
Rien à voir avec l'humanité du "Bateau" (1981), de Wolfgang Petersen,
ni même avec "A la poursuite d'Octobre rouge". Ici, c'est une machine brute et primaire
qui nous est livrée.
Les deux adversaires font
évidemment toute la valeur de cette histoire édifiante. Et le choix de
Gene Hackman, comme de Denzel Washington, est remarquable. Le premier
est une machine moulée dans l'obéissance, le second, un intellectuel
dont le doute est le moteur principal. Inutile de préciser qu'il ne
faut pas beaucoup de temps ou d'intuition pour deviner la suite ! Mais,
malgré tout, ça marche ! Pour une simple raison : même s'ils sont
opposés psychologiquement d'une façon quelque peu caricaturale, leur
dissension présente une qualité primordiale : aucun des deux n'est
blanc ou noir. Chacun est un fautif en puissance et le sait. Bien
sûr, pas besoin d'être grand clerc pour deviner l'issue.
Malgré tout, l'affrontement, le drame de conscience des hommes et la
menace extérieure sont suffisamment puissants pour scotcher le
spectateur dans son fauteuil. Sans compter que, si l'on parvient à
ressentir en profondeur le dilemme qui broie le mental de ces deux
responsables, et à se mettre, ne serait-ce qu'une seconde, dans leur
peau de décideurs de l'avenir de la planète, il y a de quoi avoir le
sang définitivement glacé jusqu'à la fin de ses jours !
Une belle
efficacité globale.