David Aames (Tom Cruise) a
perdu ses parents voici une dizaine d'années et a hérité de l'empire
financier créé par son père. Il en possède 51%, les 49 autres
appartenant à un groupe de sept administrateurs (les "7
nains"). Beau, riche, sympathique, David n'a aucun mal à
collectionner les conquêtes. Présentement, il est amoureux de la
blonde Julianna 'Julie' Gianni (Cameron Diaz). Mais, au cours de sa
soirée d'anniversaire, son ami Brian Shelby (Jason Lee) lui présente
Sofia Serrano (Penelope Cruz), et c'est le coup de foudre. Cela n'est
guère du goût de Julie qui précipite sa voiture d'un pont, provoquant
sa propre mort et le coma de David. Lorsque celui-ci, défiguré,
émerge du noir, il se retrouve accusé de meurtre et emprisonné. Un
psychiatre, le docteur Curtis McCabe (Kurt Russell) tente de démêler
l'écheveau...
Inspirée directement du film d'Alejandro Amenabar, "Ouvre les
yeux", sorti 4 ans plus tôt, l'oeuvre, après quelques plans de
plongée verticale sur les buildings de New-York, s'ouvre sur ces mots.
Je n'ai, à ce jour, pas encore vu la version inspiratrice qui semble,
tant pour les critiques que pour le public, supérieure à l'adaptation
effectuée par Cameron Crowe. De fait, celle-ci laisse passablement perplexe. Un sujet
passionnant, sorte de "Total
Recall" à la puissance
quatre, dans lequel se télescopent quelques thèmes majeurs de la
dramaturgie futuriste : cryogénisation, traumatismes mémoriels,
manipulation des couches profondes de la conscience, dédoublement de la
personnalité, pouvoir de l'imaginaire, limite fragile entre
l'actualité et la réalité... Tout cela est mélangé, mixé de mille
et une manières dans ce thriller qui mène la vie dure à la logique
dite cartésienne, et demande au spectateur une implication profonde
pour ne pas se perdre dans les méandres du récit. Après un début
classique, et un passage à vide qui suit l'accident, l'histoire bascule
dans un dédale vertigineux dont David, pas plus que le spectateur, ne
sortent indemnes. Le réalisateur joue avec les émotions, les
événements, les suggestions, comme avec des bulles de savon aussi
éphémères que dérisoires. Ces sauts incessants entre les différentes
apparences, ce perpétuel ballottement entre illusion, réalité,
accroissent l'artificialité d'un jeu factice tandis que l'authenticité
dramatique fond comme neige au soleil.
Le résultat donne l'impression d'un jeu vidéo dans lequel les
composantes psychologiques prendraient la place des combattants ou
ennemis virtuels. L'ensemble est incontestablement brillant, parsemé de
moments intenses et flippants, illuminé par la grâce fragile de
Penelope Cruz qui, d'ailleurs, tenait le même rôle dans le film
d'Amenabar, incarné de manière fort convaincante par Tom Cruise, tour
à tour bellâtre et monstre, mais tire trop sur la corde du factice
pour emporter pleinement l'adhésion.