Malgré
la mort de William Zachary, tué quelques années plus tôt par les
Indiens Kiowas, sa femme Mattilda (Lilian Gish) ainsi que ses quatre
enfants, Ben (Burt Lancaster), Cash (Audie Murphy), Andy (Doug McClure)
et la jolie Rachel (Audrey Hepburn), mènent une vie paisible et
heureuse dans une région désertique. Un jour, arrive un étrange vieil
homme, Abe Kelsey (Joseph Wiseman), qui se prétend l'épée du Dieu de la
vengeance. Son apparition semble inquiéter grandement Mattilda...
Une oeuvre construite sur un scénario dépouillé, sobre, limpide, qui
fait la part belle, pour ne pas dire unique, aux émotions, aux
sentiments, à la psychologie de personnages simples, mais profondément
humains, dans leurs faiblesses comme dans leurs idéaux. Illuminée de
bout en bout par la sensibilité, la grâce, la radieuse beauté d'Audrey
Hepburn, l'oeuvre se développe avec lenteur, dessinant progressivement
les fractures qui vont s'ouvrir dans les coeurs et les amitiés des
membres de la famille Zachary, tout comme de leurs voisins et associés.
Dans un temps où la haine Indiens-Blancs, inexorable, prend le pas sur
toutes les autres valeurs, la révélation qui s'impose peu à peu, et
paraît naturelle, anodine, à tout observateur extérieur, prend ici la
forme d'un coup de tonnerre capable de fracasser les liens les plus
solides. Capable d'embraser les esprits et de transformer un racisme
larvé (même Ben n'y échappe peut-être pas totalement, comme le suggère
sa réaction vis à vis de Johnny Portugal (John Saxon)), en une violence
extrême. Si Ben se révèle, grâce en partie à l'autorité naturelle et
noble de Burt Lancaster, particulièrement intense dans sa
détermination, ce sont en fin de compte les deux femmes qui imposent
leurs personnalités riches et fascinantes. L'une, Mattilda, par la
complexité de son attitude, l'autre, Rachel, par le déchirement
intérieur dû à l'éclatement de la vérité. L'inné domine-t-il l'acquis ?
Les liens du sang peuvent-ils se révéler plus forts que l'affection
vécue ? Une oeuvre toute en pudeur, grave, poétique, dans laquelle les
émotions parlent plus haut que les armes.