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" La vérité sur l'affaire Harry Quebert ",     

( The truth about the Harry Quebert affair ),          2018,

de : Jean-Jacques  Annaud, 

avec : Patrick Dempsey, Ben Schnetzer, Kristine Froseth, Virginia Madsen, Joshua Close, Don Harvey,

Musique : Simon Franglen

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    Marcus Goldman (Ben Schnetzer) est un écrivain à succès. Mais, présentement, il est en proie à une profonde crise d'inspiration. C'est alors qu'il apprend que son mentor, Harry Quebert (Patrick Dempsey), professeur d'Université, est accusé d'avoir assassiné, plusieurs décennies auparavant, une jeune fille, Nola Kellergan (Kristine Froseth). Marcus décide de mener son enquête...

    Le roman de Joël Dicker est à la fois riche et passionnant. Riche, parce qu'il mêle trois genres littéraires. Tout d'abord une émouvante et magnifique histoire d'amour. Ensuite un thriller qui ne manque jamais de rebondissements et de mystère. Enfin une réflexion sur le vide créatif d'un romancier. Passionnant, parce que, grâce à un style fluide et à une construction narrative très cinématographique, le spectateur est constamment tenu en haleine jusqu'à la conclusion. Autant il aurait été aberrant, voire suicidaire, de tenter la transcription de cette oeuvre en un film de deux heures, autant il peut paraître surprenant de la voir occuper dix épisodes d'une série.

    Les deux interrogations majeures qui se posent à un lecteur découvrant l'adaptation cinématographique d'une oeuvre aimée sont bien sûr : 1/ est-ce que la transposition est fidèle à l'esprit de l'oeuvre ; 2/ est-ce que je retrouve dans le visuel, le charme, l'envoûtement de ce que j'ai apprécié sur le papier ?

    A la première question, la réponse est à l'évidence : 'oui'. Le réalisateur suit très fidèlement le déroulé de l'histoire qui se prêtait d'ailleurs fort bien, dans son écriture, à une mise sur écran. Nous n'aurons pas à subir les trahisons ou délires affichés, par exemple, dans certaines adaptations du "Comte de Monte Cristo".

    La réponse à la seconde question est nettement plus délicate. L'aspect thriller et enquête est bien sûr tout sauf négligeable. Pourtant c'est l'amour profond, viscéral, interdit, entre Harry et la jeune fille de 15 ans, qui, à mon sens, constitue la colonne vertébrale émotionnelle de l'oeuvre. Or, dans la série, malgré la prestance charmeuse de Patrick Dempsey, malgré le charisme lumineux de Kristine Froseth, il me semble que l'alchimie éprouve une certaine peine à se développer. Quelques belles scènes prennent place dans le cinquième épisode, mais elles se trouvent diluées dans de longues séquences qui permettent difficilement au souffle romanesque de maintenir sa tension. Puis, alors que le spectateur commence à entrer empathiquement dans cette relation passionnelle, surviennent dans les deux derniers épisodes, les cascades de rebondissements qui tirent l'histoire vers Harlan Coben ou Guillaume Musso. On change trois ou quatre fois de coupable présumé. Et cette enfilade de flashback, d'aveux, de découvertes rapidement remises en question, qui, sur le papier semblait couler de source, prend ici le visage d'un empilement téléfilmique assez artificiel. Ce qui semble le plus regrettable est que tout est disséqué, expliqué, réexposé, laissant le spectateur totalement passif, attendant uniquement que la touche finale soit définitivement posée. Mais cette appréhension est bien sûr très subjective.

    Dans le registre des constats plus objectifs, il paraît évident que la série aurait gagné en intensité dramatique si elle avait été limitée à sept ou huit épisodes. Mais reconnaissons que le trio des personnalités majeures est remarquablement incarné, y compris Ben Schnetzer, parfois décrié par certains critiques. Au final, rien de révolutionnaire ou d'artistiquement inventif. C'est du classique, du fidèle, du très (trop ?) respectueux de l'oeuvre originale. Mais pourquoi diable pleut-il sans discontinuer ? Ce n'est assurément pas une incitation à visiter le Maine...

Film sur IMDB

Bernard  Sellier               

 

 

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