Sam Petersen (Theresa Russell) décède pendant
son sommeil. Sa jeune épouse, Catherine (Theresa Russell) hérite de
l'immense fortune qu'il laisse. Quelques mois plus tard, c'est Ben
Dumers (Dennis Hopper), un riche fabricant de jouets de Dallas, qui
succombe dans les mêmes conditions. Marielle, sa femme, hérite de tous
ses biens, car, peu de temps avant sa mort, il avait déshérité sa
soeur, Etta (Diane Ladd). Puis c'est au tour d'un spécialiste des
monnaies, William Macauley (Nicol Williamson), de subir le même destin
funeste. Le dénominateur commun de ces brutales disparitions n'est
autre qu'une charmante jeune femme. Dans un service du Ministère de la
Justice, Alexandra 'Alex' Barnes (Debra Winger) est obsédée par ces
coïncidences. Elle obtient difficilement de son patron, Bruce (Terry
O'Quinn), qu'il lui laisse mener l'enquête...
L'idée de départ, sans être particulièrement originale, est
intéressante à plus d'un titre. Il n'est pas si courant que le tueur en
série prenne l'apparence d'une délicieuse créature, arborant tour à
tour, avec talent et efficacité, le masque de l'amante comblée, celui
de l'intellectuelle réservée, et celui de la mante religieuse
froidement calculatrice. D'autre part, l'enquête que mène Alex, double
inversé de Catherine, aussi pauvre en amour que l'épouse
multi-récidiviste est comblée dans ce domaine, conduit à une relation
obsessionnelle complexe, à une jalousie sous-jacente, qui ne sont pas
sans rappeler celles de Allison et Hedra dans "J.F. partagerait
appartement". Malheureusement, le résultat n'est pas à la
hauteur des ambitions affichées. Si Theresa Russell, regard glacé et
lèvres cruelles, est particulièrement bien choisie, si Debra Winger,
spontanée et maladroite, est toujours aussi délicieuse, l'histoire se
révèle beaucoup trop prosaïque, les thèmes explorés superficiellement.
Dans "Basic Instinct",
sorti 4 ans plus tard, où Catherine Tramell se montre infiniment moins
subtile que son homonyme ici, dans l'exécution de ses amants, Paul
Verhoeven parvient à nimber son oeuvre d'un voile permanent de mystères
et de suggestions, joue avec finesse des doutes, des
manipulations.
Dans le cas présent, tout est mis en évidence sous une lumière crue. On
ne trouve quasiment jamais ces zones d'ombres qui excitent la
curiosité, sollicitent les neurones, provoquent la palpitation du
coeur. Même le final, attendu avec avidité, paraît tiré par les
cheveux. Sans parler des raccourcis scénaristiques plus qu'abrupts ! Le
spectateur doit se contenter d'un thriller au déroulement banal,
habité, par bonheur, d'acteurs magnétiques, mais, par malheur, sous
utilisés... Bob Rafelson semble avoir perdu la passion et l'énergie qui
éclataient dans "Le facteur sonne toujours deux fois". Un tout petit 4
étoiles. Pour Debra Winger et le trop rare Sami Frey !