Anton
Grubitz (Ulrich Mühe) est officier de la Stasi, police secrète
d'Allemagne de l'est dans les années 1980. Sa valeur
professionnelle est telle qu'il est chargé de former les futurs membres
de cet organisme qui surveille tous les habitants suspectés de ne pas
se conformer parfaitement à la ligne du parti. Le Ministre de la
Culture, Bruno Hempf (Thomas Thieme), désire faire espionner un auteur
de théâtre, Georg Dreyman
(Sebastian Koch), soupçonné de n'être pas aussi docile qu'il le paraît.
Anton installe micros et caméras dans l'appartement de l'écrivain et
commence à décortiquer chaque parcelle de sa vie, en particulier tout
ce qui concerne ses amours avec l'actrice Christa-Maria Sieland
(Martina Gedeck)...
Dès l'ouverture du film, avec la dissection psychologique de
cet
interrogatoire dont la brutalité lancinante et manipulatrice, exempte
de toute agression physique, se révèle cent fois plus tétanisante que
les dérives sanguinolantes d'un Jack Bauer dans "24 Heures",
il est manifeste que nous sommes en présence d'une oeuvre historique et
humainement dramatique majeure. D'une facture très classique, elle
analyse, avec une glaçante évidence, la folie délatrice et suspicieuse
qui transforme la vie des habitants en un cauchemar permanent.
Filatures, écoutes, chantage, menaces, tout est bon pour servir la
cause du parti, mais aussi pour escalader les marches du pouvoir et
s'attirer les bonnes grâces des autorités politiques en place. Mais, à
côté de ceux qui mènent les investigations et manipulent l'existence
d'êtres réduits à l'état de moutons étroitement surveillés, grouille
une vermine souterraine composée de "bonnes volontés" primaires,
personnages falots, obéissants, persuadés de servir, par leur zèle de
chaque instant, la grandeur d'un état auto-proclamé paradisiaque.
Ulrich Mühe incarne à merveille cet officier servile, intègre, et
dessine un symbole saisissant de la déshumanisation orchestrée
par un régime totalitaire. Ascétique jusqu'à la
moelle, il
est capable, sans faire vibrer le moindre muscle de son visage
d'exprimer toutes les émotions de son âme, qu'elles appartiennent au
monde de l'ombre, ou qu'elles tentes désespérément de contacter la
lumière. Sur le plan strictement événementiel, il ne se passe quasiment
rien, et pourtant l'oeuvre se suit avec une intensité passionnelle bien
supérieure à celle qui peut accompagner le plus captivant des thrillers
hollywoodiens. Intelligence du scénario, sens de la délicatesse et
de la pudeur innés, un dénouement bouleversant de sobriété, toutes les
qualités sont réunies pour faire de ce film, au sujet a priori
rebutant, un joyau mémorable.
Une leçon d'histoire, de réalisme sociologique, de drame intimiste, servi dans un écrin fascinant.
Film sur IMDB