Clarence (Henry Travers) est
un ange, pas très finaud, mais empli de bonne volonté, qui
n'a pas encore eu le bonheur céleste de gagner ses ailes. Pour les
obtenir, il est chargé d'une mission délicate. Sauver du suicide George
Bailey (James Stewart) qui, près de subir une faillite déshonorante, ne
voit plus que cette extrémité en ce soir de réveillon. Pour mener à
bien son sauvetage, Clarence et le spectateur assistent donc aux
événements qui ont marqué l'existence de George Bailey...
Tout comme dans "L'extravagant
M. Deeds", et la plupart des films de Franck Capra, poésie et
tendresse baignent cette histoire merveilleuse qui enchante le coeur et
élève l'âme. De même le personnage de James Stewart, qui souffre de sa
trop grande bonté, est presque symétrique de celui incarné par Gary
Cooper dans l'habit du naïf et spontané Longfellow Deeds.
L'amour, véhiculé par George Bailey et celle qui devient son épouse, et
son opposé, la cupidité associée à la haine, qui ont élu domicile dans
le coeur glacial de M. Potter, tissent la trame de cette histoire
traversée de scènes poétiques et magiques. L'apothéose est
incontestablement la promenade que Clarence fait effectuer à George, au
cours de la seconde partie. Trouvaille sobre et géniale qui, bien
plus émotionnelle qu'un long discours, justifie notre
apparition et les souffrances que nous subissons sur cette terre.
James Stewart, fragile, dégingandé et lunaire est magnifique. Donna
Reed est délicieuse.
A cette époque, l'inspiration poétique était simple et savait toucher
les coeurs dans ces comédies qui avaient le secret de l'alliance
harmonieuse du rêve incarné et de la réalité spirituelle...
Bernard Sellier