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" La  Vie  de  David  Gale " 

( The life of David Gale ),         2003,

de : Alan  Parker,

avec :  Kevin Spacey, Kate Winslet, Laura Linney, Matt Craven, Rhona Mitra, 

Musique : Jake  Parker

******* 

    

    David Gale (Kevin Spacey) est un brillant professeur de philosophie à l'Université d'Austin. Il milite activement, avec l'une de ses collègues, Constance Harraway (Laura Linney), contre la peine de mort, particulièrement utilisée au Texas. Mais un jour, tout bascule. L'une de ses ex-étudiantes, Berlin (Rhona Mitra), dépose une plainte pour viol, puis la retire. Mais il est trop tard. Exclu de son poste, David sombre dans l'alcool et sa femme, Sharon (Elizabeth Gast), en profite pour s'éloigner de lui en emmenant leur fils Jamie (Noah Truesdale). Enfin, le fond de l'abîme est atteint lorsque Constance est retrouvée morte, toutes les preuves accablant David. Condamné à mort, il doit être exécuté dans moins d'une semaine. C'est alors qu'il accepte, pour la première fois, de se confier à une journaliste intègre, Bitsey Bloom (Kate Winslet), espérant qu'elle parviendra à prouver son innocence, qu'il n'a cessé de clamer...

    Voilà une oeuvre engagée, militante, qui génère par son sujet (comme c'était le cas pour le puissant "Mississipi burning" du même réalisateur), une immédiate sympathie (à moins, évidemment, d'être un ferme partisan de la loi "oeil pour oeil" !), et qui, néanmoins, à la fin de sa vision, provoque un malaise certain. En l'occurrence, ce n'est pas le fond qui pose problème, mais bien l'habillage dans lequel il a été moulé. La finalité première est limpide. David Gale est, comme son amie Constance, horrifié par l'exécution des condamnés à mort. Il en débat avec le Gouverneur de l'Etat et seule la colère intérieure à laquelle il succombe parfois, la frénésie excessive avec laquelle il souhaite faire entendre raison à ceux qui prônent le maintien de cette sanction, le précipitent parfois dans une impasse dialectique handicapante. Mais sa sincérité ne peut être mise en doute. En revanche, si ses élans humanistes sont purs, lui-même est loin d'être blanc comme neige. Son couple bat de l'aile (sa femme entretient apparemment une liaison à Barcelone et communique avec lui par e-mail !), il succombe sans difficulté à l'une de ses étudiantes (Rhona Mitra, charmante, il faut le reconnaître !) et l'alcool dans lequel il cherche l'oubli lui joue de sales tours. Mais, au moins, ne peut-on taxer le réalisateur de manichéisme primaire.

       La plus grande partie du film se déroule de manière classique, convenue, rappelant le film de Clint Eastwood, "Jugé coupable". Une jeune journaliste, flanquée d'un stagiaire faire-valoir, entend les confessions du condamné, s'apitoie, et devine rapidement que quelque chose cloche dans cette prétendue culpabilité qui n'a jamais été mise en doute par les différentes cours. Mais Alan Parker ne se lance pas, contrairement à ce que l'on pourrait attendre, dans une enquête fiévreuse, peuplée de rebondissements scabreux ou dramatiques. Le but qu'il s'est fixé est tout autre. Il n'apparaît que dans un dénouement assez stupéfiant, d'autant plus inattendu qu'il est, si l'on peut dire, à triple détente, et casse sans vergogne l'imagerie lisse, candide, rassurante, que l'on s'était forgée jusqu'alors. Le spectateur s'aperçoit soudain qu'il a été, très habilement, manipulé, que ce qu'il prenait pour un scénario linéaire, diaphane, sorte de réplique moderne du puissant et lapidaire "L'invraisemblable vérité" de Fritz Lang, est en réalité une création retorse, artificieuse, qui cachait sournoisement son jeu. Une part de notre être se réjouira de cette complexification ultime qui, lorsqu'on se remémore la trame événementielle, pose plus de questions qu'elle n'apporte de réponses. En revanche, que reste-t-il de l'intention première, généreuse : faire prendre conscience de l'abomination que représente la peine capitale pour un pays qui se veut le héraut de la civilisation ? Pas grand chose ! Le film militant s'est métamorphosé en thriller efficace, mais a perdu, dans son final, une grande partie de la crédibilité qu'il semblait rechercher. A trop vouloir manipuler, on risque de perdre de vue le cap fixé. C'est dommage. Mais reconnaissons tout de même que l'oeuvre, portée de bout en bout par un Kevin Spacey ténébreux et une Laura Linney toujours lumineuse, ne manque pas de vitriol.

Bernard  Sellier  

  

 

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