David Gale (Kevin Spacey) est un brillant
professeur de philosophie à l'Université d'Austin. Il milite
activement, avec l'une de ses collègues, Constance Harraway (Laura
Linney), contre la peine de mort, particulièrement utilisée au Texas.
Mais un jour, tout bascule. L'une de ses ex-étudiantes, Berlin (Rhona
Mitra), dépose une plainte pour viol, puis la retire. Mais il est trop
tard. Exclu de son poste, David sombre dans l'alcool et sa femme,
Sharon (Elizabeth Gast), en profite pour s'éloigner de lui en emmenant
leur fils Jamie (Noah Truesdale). Enfin, le fond de l'abîme est atteint
lorsque Constance est retrouvée morte, toutes les preuves accablant
David. Condamné à mort, il doit être exécuté dans moins d'une semaine.
C'est alors qu'il accepte, pour la première fois, de se confier à une
journaliste intègre, Bitsey Bloom (Kate Winslet), espérant qu'elle
parviendra à prouver son innocence, qu'il n'a cessé de clamer...
Voilà une oeuvre engagée, militante, qui génère par son sujet (comme
c'était le cas pour le puissant "Mississipi
burning" du même réalisateur), une immédiate sympathie (à
moins, évidemment, d'être un ferme partisan de la loi "oeil pour oeil"
!), et qui, néanmoins, à la fin de sa vision, provoque un malaise
certain. En l'occurrence, ce n'est pas le fond qui pose problème, mais
bien l'habillage dans lequel il a été moulé. La finalité première est
limpide. David Gale est, comme son amie Constance, horrifié par
l'exécution des condamnés à mort. Il en débat avec le Gouverneur de
l'Etat et seule la colère intérieure à laquelle il succombe parfois, la
frénésie excessive avec laquelle il souhaite faire entendre raison à
ceux qui prônent le maintien de cette sanction, le précipitent parfois
dans une impasse dialectique handicapante. Mais sa sincérité ne peut
être mise en doute. En revanche, si ses élans humanistes sont purs,
lui-même est loin d'être blanc comme neige. Son couple bat de l'aile
(sa femme entretient apparemment une liaison à Barcelone et communique
avec lui par e-mail !), il succombe sans difficulté à l'une de ses
étudiantes (Rhona Mitra, charmante, il faut le reconnaître !) et
l'alcool dans lequel il cherche l'oubli lui joue de sales tours. Mais,
au moins, ne peut-on taxer le réalisateur de manichéisme primaire.
La plus grande partie du film se déroule de manière classique,
convenue, rappelant le film de Clint Eastwood, "Jugé coupable". Une jeune
journaliste, flanquée d'un stagiaire faire-valoir, entend les
confessions du condamné, s'apitoie, et devine rapidement que quelque
chose cloche dans cette prétendue culpabilité qui n'a jamais été mise
en doute par les différentes cours. Mais Alan Parker ne se lance pas,
contrairement à ce que l'on pourrait attendre, dans une enquête
fiévreuse, peuplée de rebondissements scabreux ou dramatiques. Le but
qu'il s'est fixé est tout autre. Il n'apparaît que dans un dénouement
assez stupéfiant, d'autant plus inattendu qu'il est, si l'on peut dire,
à triple détente, et casse sans vergogne l'imagerie lisse, candide,
rassurante, que l'on s'était forgée jusqu'alors. Le spectateur
s'aperçoit soudain qu'il a été, très habilement, manipulé, que ce qu'il
prenait pour un scénario linéaire, diaphane, sorte de réplique moderne
du puissant et lapidaire "L'invraisemblable vérité" de Fritz Lang, est
en réalité une création retorse, artificieuse, qui cachait
sournoisement son jeu. Une part de notre être se réjouira de cette
complexification ultime qui, lorsqu'on se remémore la trame
événementielle, pose plus de questions qu'elle n'apporte de réponses.
En revanche, que reste-t-il de l'intention première, généreuse : faire
prendre conscience de l'abomination que représente la peine capitale
pour un pays qui se veut le héraut de la civilisation ? Pas grand chose
! Le film militant s'est métamorphosé en thriller efficace, mais a
perdu, dans son final, une grande partie de la crédibilité qu'il
semblait rechercher. A trop vouloir manipuler, on risque de perdre de
vue le cap fixé. C'est dommage. Mais reconnaissons tout de même que
l'oeuvre, portée de bout en bout par un Kevin Spacey ténébreux et une
Laura Linney toujours lumineuse, ne manque pas de vitriol.