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" La  Vie  Nouvelle ",        2002,

de : Philippe  Gandrieux, 

avec : Anna Mouglalis, Raoul Dantec, Marc Barbé, Zachary Knighton, Josh  Pearson, Vladimir Zintov, 

Musique : Etant  Donnés,  Josh  Pearson 

*******

    

    Comment résumer une histoire qui refuse de se livrer ? Il y a une femme, souvent déshabillée, des hommes, parfois violents, des silences pesants, des séquences interminables dont l'intérêt échappe, quelques explosions musicales (enfin, si l'on veut !). Le tout souvent flou, sur fond sombre. Voilà ce qui apparaît pour le citoyen lambda non initié... Mais il y a, semble-t-il, une trame logique à l'origine de tout cela : ceux qui, comme moi, n'ont strictement rien compris (et qui, contrairement à moi, sont motivés par sa découverte !), peuvent  en lire le résumé ici...

    A l'opposé de certains "commentairistes" qui ne se privent pas de mépriser joyeusement les réalisateurs, il me semble qu'un principe fondamental est de respecter les créations quelles qu'elles soient. Pourtant, il est vrai que, parfois, certaines d'entres elles semblent prendre un tel plaisir à saper la bonne volonté du spectateur le plus ouvert, que cette qualité ne demande qu'à s'évanouir.   

     Certains cas paraissent simples : "Le projet Blair Witch", par exemple, concocté par deux réalisateurs !, prend ouvertement le spectateur pour un pigeon. Avec raison, d'ailleurs, puisque nombre d'entre eux ont apprécié le néant présenté. Le cas de cette "Vie nouvelle" est plus ambigu. La question cruciale, qui taraude en permanence l'humain ordinaire mis en présence d'une telle création, est celle-ci : "est-ce qu'il ne me manque pas quelques neurones, quelques connexions, dont le défaut m'interdit l'accession au coeur de ce qui est, peut-être, un chef-d'oeuvre ?". Celui qui ose s'aventurer dans ce labyrinthe est d'ailleurs, honnêtement, prévenu par l'auteur, dès la première image : ce qu'il va visualiser n'est pas un film, au sens où on l'entend habituellement, mais une "expérience sensorielle". Les premières images qui suivent donnent immédiatement le ton général : bruits dans le noir, puis caméra parkinsonienne s'approchant à trois reprises d'individus aux visages inquiets, plans sur des ruines, sur des paysages désolés, sur des personnages muets ou hurlant à la mort, dont le sérieux papal imperturbable sera une constante, borborygmes... Nul besoin d'avoir étudié la psychanalyse pendant dix ans pour constater que Philippe Gandrieux possède un sens de la communication, tant visuelle qu'auditive, pour le moins particulière ! Il est même légitime de se demander si l'oeuvre d'un autiste ne serait pas plus structurée et lisible ! 

    Imaginez que vous prélevez, au hasard, une centaine de séquences dans un nombre équivalents de films aussi divers que "Le Silence" de Bergman, "Romance X" de Catherine Breillat, "Le Sacrifice" de Tarkovsky, "Soleil vert" de Richard Fleischer, ou encore "O' Fantasma" de Joao Pedro Rodriguez, "Crash" de David Cronenberg... Que, après avoir secoué l'ensemble dans une puissante centrifugeuse, vous montez le tout à l'aveuglette... Vous aurez une assez fidèle réplique de ce que "La vie nouvelle" vous réserve. Bon, soyons honnêtes, il existe tout de même certains fils ténus auxquels il est possible de se raccrocher, quelques figures qui réapparaissent ponctuellement : Melania, souffre-douleur (Anna Mouglalis), Seymour (Zachary Knighton)... Les noms ont été piochés, avouons-le, sur IMDB, car, s'il avait fallu compter sur la bouche des protagonistes pour livrer leurs patronymes, nous n'étions pas prêts de les transcrire sur le papier ! Les êtres qui peuplent cette "vie" sont indifférenciés, la plupart du temps muets. Très ponctuellement, il est possible de percevoir "non", "OK", "debout", mais, lorsque trois mots sont alignés, la crainte saisit sans doute Philippe Gandrieux de livrer un atome d'explication, et c'est l'anglais (ou quelque chose qui est peut-être du russe ?) qui prend la place. Les actes sont livrés bruts, le plus souvent dans un flou pas vraiment artistique. Quant aux motivations, inutile de chercher à les découvrir.  Dans un premier temps, on se dit que l'avantage évident de ce processus, aussi introverti que clos, est que le spectateur n'a aucune idée de ce que lui réserve la minute suivante. Mais, lorsque quatre-vingt dix sept minutes se sont écoulées, l'asphyxie guette le plus valeureux !  

    Cette oeuvre parfaitement hermétique, et totalement épuisante (une vision en accéléré s'est imposée à plusieurs reprises !), fait néanmoins naître deux désirs à la fois scientifiques et masochistes : découvrir l'allure que prend, sur le papier, un tel scénario, et, surtout, entrer, pour quelques secondes seulement, dans le cerveau de Philippe Gandrieux, pour tenter de décrypter quelques lambeaux d'intentions ! Ce doit être une expérience aussi fascinante que traumatisante !   

Bernard  Sellier                  

             

 

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