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" Le  Village ",

( The Village ),       2004,

de : M. Night  Shyamalan, 

avec : Bryce Dallas Howard, Joaquin Phoenix, Adrien Brody, William Hurt, Sigourney Weaver, Brendan Gleeson,

Musique : James  Newton  Howard

*******

    

    Un étrange petit village qui semble vivre hors du temps, en autarcie complète, entouré d'une forêt menaçante. Il y a là Edward Walker (William Hurt), l'enseignant, père de deux filles, Kitty (Judy Greer) et Ivy (Bryce Dallas Howard, extraordinaire !), aveugle depuis de nombreuses années. Dans une maison voisine, Alice Hunt (Sigourney Weaver) élève seule son fils unique Lucius (Joaquin Phoenix), secret et taciturne. Ivy, secrètement amoureuse de Lucieus, lui avoue son amour. Le mariage est programmé. C'en est trop pour Noah Percy (Adrien Brody), attardé mental, qui, par jalousie, poignarde le futur époux. Gravement blessé, celui-ci ne pourrait être sauvé que par des médicaments de la ville. Mais tous les villageois ont juré de ne jamais franchir la limite des bois, sous peine de la vengeance terrible de "ceux" qui l'habitent et "dont on ne parle pas"...

    M. Night Shyamalan ne laisse décidément pas indifférent, quel que soit le niveau de réussite de ses oeuvres. Les deux films qui avaient suivi le génial "Sixième sens", à savoir "Incassable" et "Signes", abordaient des sujets passionnants (la maladie des os de verre et les "Crop Circles"), mais laissaient plus que perplexe quant à leur traitement scénaristique. 

    Dès l'ouverture, nous sommes ici plongés, par le son, dans la terreur pure. Que peut bien receler cette forêt mystérieusement peuplée ? Quels sont ces gens anachroniques, qui figurent une espèce de synthèse entre Quakers et Amish, s'habillent et vivent dans un univers clos typé dix-neuvième siècle, et partagent une frousse monumentale devant ceux qui hantent les bois ? Pendant une bonne partie du film, le réalisateur nous sert un mélange savamment dosé de vie rurale et de mystère grandissant, à coups de "ouh, fais-moi peur". Les visages sont effarés, les paysages sont lugubres, les basses tonitruantes vous tordent les tripes. Le tout avec un sérieux papal dès que l'angoisse pointe le bout de son nez. Le spectateur  attend donc avec une curiosité certaine l'arrivée de "ceux dont on ne parle pas", mais que l'on ne saurait cacher longtemps ! Eh bien, ce serait mal connaître Shyamalan, et lui prêter une fois encore le simplisme qui créait une grande part de la faiblesse de "Signes" et qu'il a (judicieusement ?) choisi de court-circuiter.

    J'ai fait suivre le mot "judicieusement" d'un point d'interrogation, car le virage à 180° de la direction initiale laisse quand même perplexe. Nous nous retrouvons dans la situation d'"Incassable", où le parallèle avec les bandes dessinées se révélait une conclusion pour le moins surprenante. Dans le cas présent, suivant l'humeur du moment, les dispositions psychiques de chacun, peut-être même l'environnement humain dans lequel sera visionné le film, l'appréciation de ce changement de cap dans une aventure assurément peu banale, sera qualifié de "trouvaille subtile" ou "d'idiotie totale".

    Pour ma part, j'avoue éprouver une certaine difficulté à trancher entre ces deux optiques. En revanche, se manifeste un certain agacement vis à vis de ce jeu roublard où sont explorés tous les possibles de la suggestion et de la manipulation. Même la belle et sobre scène entre Ivy et Lucius, romantique à souhait, à laquelle ne manque ni sensibilité, ni brume paysagère, prend une allure de sincérité préfabriquée assez désagréable. Cela dit, le choix existentiel étrange et original de ces villageois est rendu de manière probante.

    Cette oeuvre laisse, malgré une émouvante histoire d'amour et un duo Lucius-Ivy très convaincant, un goût assez amer de baudruche artificiellement gonflée aux hormones horrifiques et, au final, relativement vaine.

Bernard  Sellier               

 

 

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