Julien Vercel (Jean-Louis
Trintignant) tient une agence immobilière dans le Var. Il a pour
secrétaire une jeune femme brune, Barbara Becker (Fanny Ardant) et pour
épouse, une petite blonde volage, Marie-Christine (Caroline Sihol). Un
week-end, à la chasse, un homme bien connu dans la ville, Massoulier,
est tué d'un coup de fusil de chasse. Julien, qui se trouvait non loin
de là, est soupçonné par la police, puisqu'on retrouve ses empreintes
sur la voiture du mort. Comble de malheur, Marie-Christine, qui s'était
absentée quelques jours à NIce, rentre plus tôt que prévu, et se fait
assassiner. Julien décide de se cacher, tandis que sa secrétaire mène
une enquête difficile...
Tourné en noir et blanc, cette oeuvre ultime de Truffaut est une sorte
d'hommage divertissant et jubilatoire aux films "noirs" des années
quarante. Elle est d'ailleurs tirée d'un roman de Charles Williams,
"The Long Saturday Night". L'intrigue, tout comme son traitement, se
partagent entre le sérieux (il y a un certain nombre de cadavres qui
s'amoncellent, polar oblige !) et le fantaisiste léger. Le réalisateur
donne constamment l'impression que les protagonistes "font" comme dans
les "vrais" drames sombres, tout en ne croyant pas une seconde que
l'irréparable peut survenir. C'est ce délicat mélange qui fournit
d'ailleurs au récit un charme délicat et subtil. Fanny Ardant,
véritable héroïne, se démène comme un grand diable, tour à tour mutine,
spontanée, maladroite, médusée, tandis que Trintignant joue habilement
les timides, dépassé par les événements et le souffle chevaleresque de
sa secrétaire.
L'ensemble est agréablement rythmé, brillant, et ne se prend pas au
sérieux. On sent le plaisir de ce réalisateur, qui a tant marqué le
cinéma français, de jongler avec les apparences, les jeux
d'ombres, de lumières, les faux-semblants et les hypocrisies.
L'histoire se clôt sur une belle phrase que n'aurait pas reniée
Bertrand Morane (Charles Denner), dans "L'homme qui aimait les femmes".
Divertissant et fort sympathique.