Sean Archer (John Travolta),
agent fédéral obsédé par la capture du terroriste Castor Troy
(Nicolas Cage), responsable de la mort de son fils Michael, six ans plus
tôt, voit enfin son souhait réalisé. L'ennemi est localisé et,
après une poursuite mouvementée, Castor et son frère Pollux
(Alessandro Nivola) sont mis hors d'état de nuire. Le premier est dans
un coma profond, le second incarcéré dans une prison flottante. Mais
Sean apprend que son ennemi a placé une bombe dans Los Angeles et que
l'explosion aura lieu dans quelques jours. Un seul moyen pour la
découvrir : se faire passer pour Castor et obtenir de Pollux la
révélation du lieu. Un chirurgien, Malcolm Walsh (Colm Feore) opère
Sean dans le plus grand secret en lui greffant le visage de
Castor. Mais celui-ci sort du coma et se fait implanter le facies de
Sean...
Plus invraisemblable et tordu, tu meurs ! Après une mise en bouche
goûteuse à la John Woo : course entre voitures et avion, pétarades en
tous sens, ralentis esthétisants, le scénario emprunte les chemins
tortueux d'une interversion de personnalités physiques. Inutile de
chercher une quelconque crédibilité dans l'explication. Les
opérés ressortent neufs, sans la moindre cicatrice en quelques heures
et même leurs dents sont devenues celles de l'autre (on se demande bien
comment !)... Encore plus fort que "Star
Trek" ! ! Il est donc indispensable de passer sur l'aspect
farfelu de l'hypothèse, ainsi que sur l'irréalité totale des trois
grandes batailles de l'histoire, qui se rapprochent beaucoup plus du jeu
vidéo abstrait que de la réalité terrestre. Des milliers de balles
fusent dans tous les sens au milieu de gerbes d'étincelles dignes d'un
feu d'artifice. Il faut reconnaître qu'elles ne manquent pas de gueule
! La prise d'assaut de la demeure de Dietrich Hassler (Nick Cassavetes)
sur la chanson "Over the rainbow" de Judy Garland ( "le
Magicien d'Oz"), est proprement éblouissante.
Si l'on parvient à faire abstraction de la plausibilité, et, bien
sûr, du fait que la vie humaine est ici à peu près aussi importante
qu'une crotte de chien, l'œuvre offre de belles qualités. Outre la
subtilité scénaristique qui permet aux deux ennemis de briller dans le
registre de l'autre, on assiste à un étrange ballet intérieur
dans lequel le personnage intérieur (surtout dans le cas de Sean
Archer), se voit gangrené par l'apparence temporairement revêtue. On
pourrait même, en forçant quelque peu la bonne volonté, voir dans cet
imbroglio psychologique un début de réflexion sur la primauté de la
forme sur le fond. Mais ce serait sans doute aller un peu loin. Après
une suite de scènes dans lesquelles l'artificiel et le clinquant
remontent à la surface et prennent le pas sur la finesse du scénario,
le réalisateur nous offre un bouquet final double particulièrement
réussi, à la fois explosif sur le plan matériel (la poursuite sur
l'eau), esthétiquement magnifique dans l'horreur (la fusillade dans
l'église sur fond de vol de colombes), et sobrement émouvant sur le
plan humain.
Une belle réussite dont nombre de scènes demeurent gravées dans la
mémoire visuelle... Grande composition de Nicolas Cage.