Marc
(Karlheinz Böhm) est caméraman de métier. Mais aussi de passion. Il ne
se sépare jamais de sa caméra portable même lorsqu'il rend visite à une
prostituée. Le problème est que l'excitation qu'il ressent est à son
paroxysme lorsque le sujet filmé éprouve une terreur profonde. Or dans
quelles circonstances est-il possible d'atteindre ce niveau de terreur,
sinon lorsque lon a conscience que sa dernière seconde de vie est
arrivée ? Dans l'appartement qu'il habite, au dernier étage, il
s'empresse alors de visionner ce qu'il vient de fixer sur la pellicule.
Un soir, la fille de l'un de ses voisins, Helen () fête son
anniversaire. Elle lui offre une part de gâteau. Il commence à éprouver
pour elle une émotion bien différente de ceux qu'il resent
d'ordinaire...
Film d'angoisse, assurément, mais surtout drame psychologique.
Incarné avec justesse et intensité par Karlheinz Böhm, ce personnage,
définitivement traumatisé par un père qui n'a cessé, pendant toute son
enfance et adolescence, de le filmer dans des circonstances artificiellement menaçantes,
afin de traquer, sur ses traits les différents visages de la peur,
oscille en permanence entre une timidité maladive, un infantilisme
touchant, et une suite de pulsions malsaines qui culminent dans le
meurtre. Bien qu'il s'exprime en permanence par la suggestion, et
s'abstienne de tout débordement sanglant, le scénario parvient
néanmoins aisément à faire partager au spectateur un malaise permanent.
Evoluant le plus souvent dans un décor de studio, le cinéaste ambigu et
perturbé vit au sein d'un monde à la fois réel et artificiel dans
lequel l'ombre et la lumière se mêlent physiquement, mais également
intérieurement au sein de sa personnalité multiforme. Nous sommes
bien loin des tueurs sauvages que le cinéma contemporain multiplie à
l'infini et la contemplation de ce visage poupin en quête d'un être qui
entende sa souffrance fait naître autant de compassion que de
répulsion.
Très intéressant.