Alice (Charlotte Alexandra)
est une adolecente. Elle revient chez ses parents pour deux mois de
vacances et prévoit un ennui mortel. Elle occupe donc le temps comme
elle peut, en se baladant à vélo, en aguichant un employé de son père,
Jim (Hiram Keller), en s'observant, en se masturbant...
Vision désespérée et glauque du passage par une jeune fille
de la puberté et de la découverte de la sexualité. Le cinéma de
Catherine Breillat et ses conceptions de la vie intérieure et
extérieure de l'être humain ne laissent personne indifférent, parce
qu'elle a le courage ou l'adresse (suivant l'authenticité que l'on
prête à ses propos) de montrer crûment ce qui en général est suggéré.
Il serait vain de tenter d'analyser ses prétendues théories.
D'ailleurs, pour ceux que cela intéresse, de nombreuses pages Internet
sont consacrées à la dissection de ses films. Ce qui est évident, c'est
que la vision de ce passage par la découverte du plaisir, du corps
féminin, de l'attirance-répulsion pour le sexe opposé, de la relation
aux parents, est livré au spectateur de façon brute et totalement
déprimante. S'il est vrai qu'Alice s'ennuie mortellement durant son
séjour chez des parents qui ne sont jamais parvenus au stade d'adulte,
mais demeurent au stade larvaire, ce désert est indéniablement
transcrit de manière efficace. Chaque scène respire l'ennui et le
désespoir sous-jacent. Même les chansons yé-yé de l'époque prennent une
tonalité d'obsession larvée.
Cette oeuvre présente en tout cas un intérêt humain
indéniable : malgré, ou plutôt à cause du voyeurisme qu'elle assume,
elle livre au grand jour, met à nu avec une complaisance certaine, la
béance dramatique qui se crée en nous lorsque le corps, et l'âme qui le
gouverne (ou le devrait), n'ont pas réussi leur union. Lacune de
l'éducation parentale, défaut d'intégration personnelle, les causes
sont aussi multiples que le nombre d'humains à la recherche de leur Moi
véritable. Ce qui fait quelques milliards d'individus !
Il est de bon ton de rire actuellement de l'explosion des
psychanalystes de tous poils et de la ruée des consultants. Pourtant,
le meilleur que l'on puisse souhaiter pour Alice et toutes ses soeurs
malheureuses dans leur être féminin, c'est une thérapie efficace qui
les amène à la découverte de l'Amour (le vrai... ). Celui qui épanouit
l'esprit et embrase le corps... Et à la compréhension intérieure que
nous trouvons dans le sexe opposé uniquement ce qui nous est
utile pour grandir.
Bernard Sellier