Carter Page III (Woody Harrelson) est un
dandy homosexuel qui passe son temps à cancaner en compagnie de ses
amies, Lynn Lockner (Kristin Scott Thomas), épouse d'un Sénateur,
Nathalie Van Miter (Lauren Bacall), ou encore Abigail Delorean (Lily
Tomlin). Un jour, Lynn découvre le cadavre de l'un de ses amis, Robbie
Kononsberg (Steven Hartley), manifestement assassiné. Carter fait
bientôt figure de suspect n°1...
Une distribution haut de gamme, un personnage principal, subtilement
interprété par un Woody Harrelson en grande forme (et excellemment
doublé, ce qui n'est pas négligeable), à la fois mondain, snob, fat,
flegmatique, désabusé, et parfaitement puant à 98%, des dialogues
intelligents, qui flirtent avec une ironie et une verdeur de bon ton...
Voilà qui annonçait une oeuvre distinguée et, pourquoi pas, finement
excitante. Hélas, c'est la déconvenue complète. La soufflé dramatique
ne gonfle jamais, ce qui lui évite, d'ailleurs de retomber au moment du
dénouement. L'ennui s'installe, dès le commencement, avec insistance et
ne quittera plus la narration jusqu'au générique final. Les péripéties
sont aussi excitantes que celles d'un épisode de "Derrick". Quant à la
psychologie des personnages (en particulier celle de Carter, écrasé par
un père qui affichait devant la société un visage totalement dénaturé),
elle est réduite à un squelette informe. Autant dire que l'on se
contrefiche totalement de savoir le fin mot de l'histoire et que le
talent des protagonistes ne peut en rien sauver ce scénario
rachitique.
Paul Schrader nous avait déjà habitués à ce "remplissage avec du vide".
On se souvient, en particulier, de "Etrange séduction", avec le
magnétique Christopher Walken. Mais, au moins, l'explosion des
dernières minutes venait-elle irradier l'ensemble tranquille d'un
charme hautement vénéneux. Rien de cela ici. Une intrigue somnolente et
une oeuvre à l'électro-cardiogramme désespérément plat !