Bud Fox (Charlie Sheen) est désireux de ne pas
suivre le chemin professionnel minable de son père, Carl (Martin
Sheen), mécanicien depuis plus de vingt ans dans une
compagnie d'aviation, la "Blue Star". Aussi est-il devenu courtier dans
un gros cabinet de Wall Street. Mais la concurrence est rude, et les
bons tuyaux rares. Après avoir tenté vainement, pendant plusieurs mois,
d'approcher Gordon Gekko, un milliardaire au flair redoutable, qui
investit avec succès des sommes colossales, il parvient un jour à lui
parler cinq minutes. Bien que le conseil prodigué à cette occasion par
Bud se révèle assez foireux, Gekko accepte de revoir le jeune homme. Il
lui propose d'espionner un ennemi personnel, Sir Larry Wildman (Terence
Stamp), afin de contrer l'éventuelle action qu'il prépare. Après une
rapide hésitation, Bud accepte...
Après avoir visionné cette oeuvre passionnante de bout en bout, il est
impossible de prétendre que l'on ne sait pas à quoi ressemble un
"requin" de la finance ! C'est un animal bien propre sur lui, aux
apparences policées (même s'il s'emporte ponctuellement), arborant en
permanence un sourire carnassier, bref, c'est Michael Douglas himself !
Tel Obélix tombé tout jeunot dans la marmite, le fils du grand Kirk
paraît nager dans le monde des financiers comme s'il pratiquait
l'exercice depuis sa sortie de l'utérus ! Sur un canevas tissé
aux petits oignons, et, miracle étonnant, compréhensible à 95% par les
plus ignares dans le domaine boursier, il brosse devant nous le tableau
synthétique de ce que la population mondiale subit sans s'en rendre
compte : à savoir que ce ne sont pas les hommes politiques qui
gouvernent la planète, mais les quelques vautours trônant sur la cime
des multinationales. Et le cours des événements n'est pas vraiment en
voie d'inversion ! C'est le moins qu'on puisse dire. Alors,
devant ce constat sans appel de l'aveuglement généralisé que procure la
soif du profit, il est légitime de trembler quelque peu pour les
lendemains qui nous attendent !
Bref, le spectateur assiste à une confrontation jouissive, même pour le
plus allergique aux chiffres, entre le jeune loup avide de goûter sa
part de fortune, ou plutôt désireux de quitter le sombre séjour
paternel pour les rutilants salons garnis d'horreurs hautement cotées,
et le requin cynique qui joue avec ses milliards comme d'autres avec
des boules de pétanque. L'une des réflexions qu'il fait à Bud éclaire
parfaitement la lucidité monstrueuse du personnage : "Tu n'as tout de
même pas la naïveté de croire qu'on vit en démocratie ? C'est le libre
marché !". Le drame, c'est que, lorsque la machine est emballée, plus
personne ne peut l'arrêter...
Certes, le déroulement dramatique est largement prévisible. Mais
l'ensemble est mené avec une telle fougue, un tel emballement dans les
délires de puissance (l'hystérie généralisée le jour des fluctuations
de l'action "Blue star" en est un excellent exemple), que la tornade
blanche emporte toutes les minimes observations susceptibles de
pointer. Ah si, tout de même, un petit détail : la "voix" qui double
Bud, et qui colle merveilleusement à Bruce Willis, ne convient pas du
tout, à mon sens, pour le physique de Charlie Sheen. Mais ce n'est là
qu'une broutille... Et, pour finir, n'oublions pas de saluer les deux
"twin towers", qui se dressent dans les premières secondes du film...