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Novembre 1965. Les 400 hommes du Lieutenant Colonel Hal Moore (Mel
Gibson), fraîchement arrivés au Vietnam, reçoivent pour mission de
poursuivre un commando Vietcong. Ils se retrouvent pris au
piège par plusieurs milliers d'adversaires qui les harcèleront pendant
trois jours. Pendant ce temps, aux Etats-Unis, les épouses, les mères
reçoivent les télégrammes fatidiques...
On comprend, à la vue de ce récit d'une boucherie sans nom, que les
Américains n'en finissent plus de ruminer cette guerre lointaine et, à
bien des égards, incompréhensible pour beaucoup d'entre eux. C'est
d'ailleurs l'une des rares phrases prononcées par le reporter Joe
Galloway (Barry Pepper) : son choix d'être plus utile en tant que
journaliste pour expliquer ce conflit à son pays. Mais quels sont les
mots qui peuvent accompagner, expliciter, justifier ces atrocités ?
Quel peut être, d'ailleurs le but d'un tel film, après les monuments
que sont et resteront, dans des genres totalement différents, "Le jour
le plus long", "Il faut sauver le soldat Ryan", "La ligne rouge" ou encore "Voyage au bout de l'enfer", sans doute le plus
sublime de tous, si l'on peut utiliser un tel qualificatif pour
l'abomination qu'il décrit.
Randall Wallace fait bien son travail. Si l'on fait abstraction de la
première partie, consacrée à la formation des soldats et à quelques
scènes intimistes, d'ailleurs sobres et d'une décence notable, le
réalisme de l'horreur est à chaque plan. Sauvagerie des combats,
hurlements des blessés, explosions, giclées de sang... Les deux
dernières décennies nous ont abreuvé de ces images parfois
insoutenables qui signent l'aberration mentale de la race humaine. Un
hommage à ceux qui appartenaient à l'unité du colonel Moore, auteur du
livre dont est tiré le film, qui n'ont jamais revu leur pays et dont
les noms sont cités au début du générique de fin ? Un hommage de plus ?
Pourquoi pas... Ils se sont sans doute réincarnés depuis bien longtemps
et n'ont plus guère de souvenirs conscients de ce qu'ils ont vécu là.
Espérons-le, du moins ! Hommage à leurs familles encore vivantes ?
Peut-être. Il n'en reste pas moins que ce type d'oeuvre, qui ne
transcende jamais les codes du parcours balisé de son genre
(entraînement, fêtes avant départ, réflexions, prières, discours
patriotique, même retenu), comme a réussi à le faire, par exemple,
Michael Cimino, s'adresse avant tout à ceux qui recèlent en eux un
esprit de guerrier. Ou alors, à tous les naïfs qui pensent qu'en
montrant l'ignominie de la violence, on contribue à provoquer sa
décroissance. C'est là une conception contraire à l'évidence, au
fonctionnement naturel de la nature de l'univers. Il est impossible de
lutter contre l'ombre en montrant ce qu'elle est. Le seul moyen est d'y
introduire la lumière.
Un film dur, éprouvant, mené par un Mel Gibson tout à fait crédible,
soutenu par une musique, étrange, à l'intensité prenante,
mais dont l'utilité me semble bien nébuleuse...