Le
jeune Bilal (Firat Ayverdi), âgé de 17 ans, arrive à Calais en
provenance du Kurdistan. Son unique but est de gagner Londres, où il
souhaite retrouver Mina (Derya Ayverdi), dont il est follement
amoureux. Il tente de passer avec quelques Irakiens dans un
semi-remorque, mais la police des frontières les débusque. Laissé en
liberté pour cause de minorité, il fait la connaissance d'un
maître-nageur, Simon (Vincent Lindon), et persuade celui-ci de lui
donner des leçons de crawl. Bilal envisage en effet de traverser la
Manche à la nage ! Simon, sur le point de divorcer d'avec Marion
(Audrey Dana), qui lui reproche son manque d'engagement humanitaire,
décide d'héberger pour quelques jours le jeune Irakien...
Jusque là plutôt inspiré par lesétudes psychologiques individuelles ("Mademoiselle", "L'équipier", "Je vais bien, ne t'en fais pas"),
Philippe Lioret insère ici le drame personnel (très classique !) vécu
par Simon, dans un contexte social particulièrement d'actualité, en
l'occurrence le traitement que les gouvernements réservent aux
immigrants clandestins. Il est évident que le problème n'est pas
simple. Accueillir ceux qui fuient la guerre ou la famine est
impossible puisque les pays européens ne parviennent déjà pas à gérer
leurs millions de chômeurs et de pauvres, et qu'une semblable attitude
décuplerait les filières des pourvoyeurs criminels. A l'opposé, parquer
les
malheureux comme des animaux et les renvoyer dans la galère qu'ils ont
fuie est manifestement un geste totalement inhumain. Même si le
sepctateur sent facilement
de quel côté penche le coeur de Philippe Lioret, le but du réalisateur
n'est pas de prendre un parti tranché, de soulever une polémique
stérile, mais d'afficher simplement sous nos yeux les tragédies intimes
qui se développent quotidiennement. Avec une pudeur, une simplicité,
une justesse exemplaires. Il n'est d'ailleurs nul besoin de renchérir
sur le pathétique ou le larmoyant, tant les
fondements humains des divers pans de l'histoire sont amplement
suffisants pour tordre le coeur et faire naître les émotions au sens
noble du terme. Si le drame vécu par Simon n'a, hélas, rien d'original,
son évolution psychologique est conduite avec une sincérité et une
authenticité sans failles, d'autant plus que Vincent Lindon,
introverti, tendu, brisé intérieurement, se montre crédible de bout en
bout. Quant à celui vécu, à distance, par le jeune Bilal, prêt à
affronter l'impossible pour rejoindre celle qu'il aime, et par la
fragile Mina, il révulse autant qu'il bouleverse.
Une réussite magistrale qui confirme, s'il en était encore
besoin, les qualités narratives, et surtout humanistes, de Philippe
Lioret !