Rachel
Lapp (Kelly McGillis) et son fils Samuel (Lukas Haas) font partie de la
secte des Amish. A la suite du décès de son mari, Rachel se rend à
Baltimore chez sa soeur. Pendant l'attente de la correspondance en gare
de Philadelphie, le garçonnet est témoin de l'assassinat d'un policier
par deux hommes, dont un noir. Le capitaine John Book (Harrison Ford),
chargé de l'enquête, oblige la jeune femme à passer la nuit chez sa
soeur. Le lendemain, Samuel reconnaît dans le commissariat la photo de
l'un des deux assassins. Il s'agit du lieutenant de police James McFee
(Danny Glover). John fait part de l'information à son supérieur, Paul
Schaeffer (Josef Sommer). Mais celui-ci fait partie de la machination.
Blessé, John est soigné dans le village de Rachel...
La
trame policière, ultra classique, n'est qu'un prétexte pour plonger le
spectateur dans une communauté Amish peu connue, d'origine allemande,
étrangement anachronique au coeur de cette Amérique ultra moderne qui
se veut la lumière du monde. C'est avec une authenticité sobre que
Peter Weir décrit ces personnages paradoxaux, d'un côté totalement
prisonniers de dogmes et de carcans moyenâgeux, qui limitent
l'expression de la liberté et de la joie à une portion plus que
congrue, mais qui, d'un autre côté, exalte des valeurs altruistes et
écologiques, dans une vie quotidienne simple et pure, où la non
violence, le respect du voisin et l'entraide commune sont un art de
vivre normal. Le maître mot de leur conception de la vie est :
"modestie" ! Noble idéal qui n'empêche tout de
même pas les travers humains de surgir et de rayonner : médisance,
voire calomnie.
Kelly McGillis, toute en retenue, quasiment privée de la communication
par les mots, tant les interdits sont puissants, les dogmes et coutumes
contraignants, ne livre ses sentiments, ses émotions que par son regard
limpide et quasiment enfantin. Au milieu de cet univers, John Book, mal
élevé, aussi déplacé qu'un éléphant dans un magasin de
porcelaines, est lui aussi hautement crédible, tant le réalisateur
fait preuve de pudeur et de retenue dans les rapports respectifs de ses
protagonistes.
Si l'on regarde ce film en tant que thriller, on sera naturellement
déçu. Seules les dix premières et dernières minutes rappellent que
nous sommes dans un drame policier. Si l'oeil du spectateur le
voit comme une approche psychologique et sociologique de deux
communautés, dont l'un des seuls points communs réside dans le fait de
vivre sur le même sol, il en sortira ému et gardera un souvenir
bouleversé de cet amour impossible.