Randy
"Le Bélier" (Mickey Rourke) a vécu jadis quelques heures de gloire sur
le ring en tant que catcheur. Mais ces années de reconnaissance sont
bien loin et, désormais, vieilli, usé, il vit solitaire dans une
caravane dont il a de la difficulté à payer le loyer. Sa seule "amie"
platonique est une strip-teaseuse, mère de famille, Cassidy (Marisa
Tomei). Lorsque les organisateurs de combats lui proposent un match
revanche contre "l'Ayatollah", il accepte avec enthousiasme. Mais sa
santé physique laisse à désirer...
Deux ans après son oeuvre narrativement très ( trop ? ) ambitieuse, "The Fountain",
Darren Aronofsky revient à un scénario très linéaire et classique : le
parcours douloureux et solitaire d'une ancienne star déchue. Le milieu
du catch n'est pas vraiment perçu comme une pépinière d'intellectuels.
De fait, Randy n'échappe pas à la règle générale. Il n'a rien d'un
Einstein. C'est un être simple, voire primaire, qui ne connaît comme
plaisir que la montée sur les planches, porté par les cris de la foule.
Mais même cette bienfaisante satisfaction a quasiment disparu. Le
"héros" que suit le réalisateur est donc un "loser", l'archétype
parfait du "minable" que fustige avec une orgueilleuse véhémence le
Richard Hoover de "Little Miss Sunshine".
Et pourtant ! Au sein de cette communauté de gros balèzes primitifs,
dont le corps et l'esprit semblent réduits à l'état d'une masse
musculaire brute, c'est un être sensible, maladroit, touchant, que le
spectateur découvre progressivement. Bousculé par les événements et par
les soubresauts de son coeur, tant physique qu'émotionnel, il va tenter
de donner à sa vie une nouvelle impulsion, de combler les gouffres qui
se sont creusés inexorablement. Mais cette quête de sens n'a rien d'une
sinécure ! De tentatives avortées en épuisements organiques, le
parcours de rédemption s'apparente beaucoup plus à un chemin de galère
qu'à une allée de roses. Mickey Rourke, totalement métamorphosé,
porte avec une authenticité bouleversante ce personnage qui titube en
permanence au bord de l'abîme. Il est bien oublié le fringant séducteur
de "9 semaines et demie" ! Bouffi, la chevelure longue, blondasse et
sale, presque méconnaissable, le visage perdu dans un océan de
souffrances larvées, il est de ces figures cinématographiques
troublantes et sobrement pathétiques que l'on ne peut oublier. Pas plus
que le respect et la tendresse avec lesquels la caméra suit son
parcours harassant.
Loin du spectaculaire que l'on aurait pu attendre d'un
univers fondé sur l'excès et le théâtral, Darren Aronofsky donne
naissance à une oeuvre profondément humaine qui a, de plus, le mérite
de donner du milieu des catcheurs une image chaleureuse et fraternelle.
Film sur
IMDB
Bernard
Sellier ernard