Pour la troisième fois, un
agent secret américain s'est fait dessouder par Yorgi (Marton Csokas),
chef du groupe d'un pays de l'est, "Anarchie 99" (qu'est-ce
qu'ils sont nuls, ces espions !). Devant cette hécatombe, l'un des
hauts responsables, l'agent Augustus Gibbons (Samuel L. Jackson), a une
idée de génie : recruter parmi les condamnés, casse-cou et autres
déjantés de son pays. Au sein des élus, se trouve Xander Cage (Vin
Diesel), particulièrement atteint. Après un entraînement-sélection
qui confirme son invincibilité absolue, il est envoyé en Tchéquie
pour, soi-disant, acheter des bolides au dénommé Yorgi. A cette
occasion, il fait la connaissance d'une femme énigmatique, Yelena (Asia
Argento)...
L'idée de départ n'est pas d'une nouveauté folle. On a connu le
jouissif "Remo, sans arme et dangereux", qui privilégiait la
bonhomie et un humour orientalisant ; "Robocop", qui axait son
esthétique sur le futurisme ; "Nikita", violent, sombrement
romantique et désespéré. Ici, Rob Cohen, sans doute désaxé
par le déjà abrutissant "Fast and furious", a remis ça de
plus belle, chaussé des bottes de mammouth et enclenché les décibels
à fond la caisse. On a donc droit à des cascades qui feraient pâlir
les chutes du Niagara, des explosions sans queue ni tête dans tous les
sens, et un héros nouveau cru, doublé fort médiocrement (avec le look
original qu'il arbore, on aurait pu lui attribuer une voix française en
adéquation !), qui, paraît-il, sera le nouveau James Bond du
troisième millénaire ! Avec pour devise, un triple + : + abruti, +
plouc, + tatoué ? C'est donc ça, le progrès ? Ah bon ! En tout
cas, Rob Cohen va dans le "bon" sens. Dans le sens de
l'évolution "par le bas" (celle qui caresse dans le sens du
fric, en favorisant l'avènement des nouvelles générations "bien
formées" (à la mode US, (of course !) : McDo, jeux vidéo et
boucan d'enfer, mais, attention, sans tabac, c'est très mauvais pour la
santé !!! Le pied, quoi ! ).
Après nous avoir gratifié d'un excellent "Dragon,
l'histoire de Bruce Lee", d'un
sympathique "Cœur
de dragon", le réalisateur a
désormais tourné définitivement casaque et se consacre à sa mission
ultime : mettre à genoux les baffles les mieux armés, réduire en
compote les trompes d'Eustache, et décérébrer le plus possible les
spectateurs (tout au moins les moins de 20 ans, parce que je ne sais pas
si les autres tiendront jusqu'au bout). A l'aide d'œuvres comme
celle-ci ou sa précédente, il est en excellente voie : un scénario
simpliste, quelques mots échangés à la mitraillette, un montage clip
qui fait souvent penser que l'on est devant MTV, une "musique"
(enfin, "l'autre", pas celle qui "adoucit les mœurs"
!) totalement assourdissante, des effets spéciaux anarchiques en
veux-tu en voilà, bref, du gros (de l'obèse !) rouge qui tache.
Reconnaissons-le tout de même, il y a une petite pause entre 60 et 80
minutes qui donne l'impression de se retrouver dans un film.
Conseil pour les croulants de plus de 40 ans : mettre à portée :
boules quies, aspirine et télécommande. Avec ça, on peut tenter
l'expérience sans trop de risques... Et, pendant quelques secondes, on
peut même admirer un château qui semble sortir tout droit des rêves
fous de Louis II de Bavière...
Et puis, réflexion faite, XXX devient responsable et sauve le monde des
(très) méchants qui voulaient l'anarchie globale. Alors, peut-être
vaut-il mieux se mettre dès maintenant de son côté ?...
Bernard
Sellier