Frank
Falenczyk (Ben Kingsley) travaille à Buffalo comme tueur à gage pour le
compte de son oncle polonais, Roman Krzeminski (Philip Baker Hall).
Présentement, celui-ci désire éliminer définitivement un Irlandais,
Edward O'Leary (Dennis Farina) qui est sur le point de s'allier aux
Chinois pour prendre sa place. Mais, imbibé d'alcool à son habitude,
Frank laisse échapper sa cible. Furieux, Roman impose à son neveu
d'aller à San Francisco effectuer une cure de désintoxication. Frank
obéit à contrecoeur . Il fait la connaissance de Dave (Bill Pullman),
un agent immobilier chargé de surveiller son implication dans la cure,
et commence un emploi de thanatopracteur dans une entreprise de pompes
funèbres. C'est là qu'il rencontre Laurel Pearson (Téa Leoni), venue
enterrer son beau-père...
Comme c'était déjà le cas pour "Kill me again", les
polars de John Dahl ont le mérite de sortir des sentiers battus. Ce
n'est pas tous les jours que l'on voit un tueur à gages, bonnet en
laine sur la tête, s'endormir dans sa voiture en compagnie d'une
bouteille de vodka, alors que la cible prend tranquillement son train à
quelques mètres de là. Ce n'est pas tous les jours que l'on voit le
même tueur à gages talentueux se rendre aux réunions des "alcooliques
anonymes", se métamorphoser en "réparateur" de cadavres, et avouer sans
ambages à la femme qu'il rencontre l'ensemble de ses "caractéristiques"
marginales. Tout cela, aussi improbable que cela soit, Ben Kingsley le
fait avec autant de sérieux que de talent. Les codes traditionnels du
polar pur et dur sont gentiment bouleversés, et le spectateur n'est pas
en droit de s'en plaindre. Le problème, car il y en a tout de même un,
assez sérieux, est que, à l'image de "The last seduction", l'histoire
n'est pas vraiment palpitante. A force de vouloir choisir une
voie originale, décalée, le réalisateur donne naissance à une oeuvre
qui n'est ni drôle, ni excitante du point de vue scénaristique, ni
captivante sur le plan de l'action. Nous sommes à mille lieues des
divagations délirantes orchestrées par les frères Coen ("Fargo"...) ou des hystéries sanglantes concoctées par Quentin Tarentino ("Pulp Fiction").
Dans le cas présent, l'ensemble est distrayant, sympathique, l'approche
des personnages est empreinte de sensibilité brute, mais tout cela
demeure désespérément tiède, et d'un intérêt assez limité.