Les
années soixante dans un
pays indéterminé (autrment dit, la Grèce). Un député de l'opposition
(Yves Montand) doit présider une réunion publique. Quelques heures
avant le début, la salle devient indisponible. Les
organisateurs, Georges Pirou (Jean Bouise), l'avocat Manuel (Charles
Denner), Matt (Bernard Fresson), acceptent de se replier dans une
petite salle de quartier, située en étage. Lorsque le député arrive, il
est légèrement frappé par des manifestants hostiles. Mais lorsqu'il
sort, un coup violent est asséné par le par Vago (Marcel Bozzufi),
passager d'un triporteur. Quelques heures plus tard, le député décède.
L'enquête est confiée à un jeune juge d'instruction (Jean-Louis
Trintignant). Celui-ci ne tarde pas à s'apercevoir que l'"accident"
invoqué par le Général de gendarmerie (Pierre Dux), cache sans doute
une réalité beaucoup plus gênante...
C'est
avec une nostalgie
toujours vivace que l'on se souvient, quarante ans après, de
l'émotion qui accueillit la sortie de ce film. La Grèce des "Colonels"
était pointée d'un doigt accusateur et le rôle de justicier méthodique
et froid allait comme un gant au jeune Trintignant. Mais, malgré la
sympathie toujours d'actualité que véhicule le film, les
modes,
techniques et goûts cinéphiliques ont largement évolué depuis un demi
siècle, et l'oeuvre pâtit quelque peu de procédés narratifs auxquels
nous ne sommes plus habitués. Le début est très lent, et ce n'est qu'à
partir de la mi-parcours, lorsque l'enquête s'installe, que le rythme
s'accélère, tout en conservant, malgré tout, des plages sans réelle
importance dramatique, qui semblent surtout permettre aux acteurs
concernés de produire leur petit "morceau de bravoure". Car, sans
atteindre la débauche de "vedettes" du "Jour le plus long", il faut
reconnaître que la distribution est pléthorique, comptant un nombre
incalculable de "trognes" hautement charismatiques. Cette avalanche,
qui a sans doute été un atout lors de la sortie du film, se révèle
aujourd'hui un handicap pour l'oeuvre, qui apparaît phagocitée par ces
visages dont le spectateur de soixante ans se plaît à attendre
l'apparition, alors qu'il aurait été dramatiquement beaucoup plus
efficace de choisir des acteurs peu connus pour empêcher la forme et
l'habillement de dévorer le fond. Quant à la conduite de l'histoire,
quelques réserves peuvent aussi s'élever. Aussi bien les images que les
discours prennent une apparence parfois scolaire, souvent didactique,
dans l'ensemble privée de spontanéité et de naturel. Il semblerait que,
dans leur légitime désir de conspuer le totalitarisme, les abus de
pouvoirs, l'intolérance, la corruption, les auteurs aient exagérément
"écrit" un scénario béton destiné à soulever les indignations. Même les
mouvements de foule donnent l'impression que l'on entend les
injonctions de prises de vue : "les flics : on charge", "le triporteur
: c'est à vous"...
Saluons
tout de même comme il se doit ce drame gorgé de bonne volonté, qui eut
le mérite d'ouvrir la route à de nombreuses oeuvres polémiques
("L'aveu", "I comme Icare",
Mille
milliards de dollars", "JFK"...).