Un
mystérieux masseur aveugle (Takeshi Kitano) sillonne le pays en
massacrant tous ceux qui
l'agressent. Il fait la connaissance d'un joueur de dés,Shinkichi
(Gadarukanaru Taka) et de deux
jeunes femmes qui semblent exécuter une vengeance personnelle. Tout ce
petit monde se retrouve dans un village sur lequel règne le méchant
Inosuke Ginzo
(Ittoku Kishibe). Celui-ci s'est assuré les services hautement
efficaces d'un
garde du corps, Hattori Genosuke (Tadanobu Asano), au sabre
redoutable...
Même si le spectateur moderne est plus qu'habitué aux
carnages
occidentaux dont l'un des rois actuels est Quentin Tarentino,
il
ne peut tout de même qu'être stupéfait par l'allégresse et l'énergie
avec laquelle les Japonais se découpent sous toutes les coutures. Les
membres virevoltent, le sang gicle de manière esthétisante, et il n'est
même pas besoin, comme dans nos bons vieux westerns, de se
lancer
quelques mots insultants, pour en découdre, puisque l'adversaire est
déjà fendu de bas en haut avant même d'avoir entrouvert la bouche !
L'intrigue met un certain temps à se mettre en route et l'on est
quelque peu perdu, pendant la première moitié, entre certains
personnages qui se ressemblent fortement. Puis l'histoire s'éclaircit
tandis que les protagonistes commencent à dévoiler leurs personnalités
et leurs passés. Le scénario n'a rien de transcendant, mais
au
fur et à mesure que les séquences s'accumulent, une atmosphère prenante
s'installe grâce, en grande partie, au charisme magnétique de cet
étrange héros atypique (incarné par Takeshi Kitano lui-même), doté de
perceptions quasi surnaturelles. Le
réalisateur ne joue pas la carte, horripilante, il faut le
dire,
des combats à l'Orientale, ou à la "Matrix",
si l'on préfère, avec envols de combattants qui se prennent pour des
marionnettes montées sur ressorts. Il s'en tient à l'efficacité brute,
à la fulgurance dans les duels, là où tant de réalisateurs choisissent
la répétitivité usante,
et, au vu du résultat, on ne peut que l'en féliciter, si toutefois l'on
supporte cette débauche de zigouillages à l'arme blanche, entrecoupés
toutefois de quelques passages presque poétiques.
Bernard
Sellier