Les caricatures de Mahomet, récemment publiées dans nombre de
journaux, d'abord au Danemark puis dans divers pays européens ou
autres, posent à nouveau la question de la censure
journalistique.
Les reporters et journalistes poussent des cris d'orfraie lorsqu'un
gouvernement ou un groupe de pression tente de leur clouer le bec. Et,
bien souvent, c'est avec raison. L'information devrait être libre. Mais
qu'est-ce que l'information ? Ceux qui écrivent pour des millions de
personnes, qui couchent sur le papier ou sur l'écran d'ordinateur leurs
messages, n'ont-ils pas conscience que leur responsabilité est engagée
dans ces actes ? La religion dogmatique, véhiculée par nombre de
groupements ou obédiences, a pour effet de faire fuir les libertaires
et les soi-disant athées. C'est tout à fait compréhensible. Mais ce
n'est pas parce que de petits groupes déclarent s'approprier les
volontés divines, que tout est aberration dans la religion véritable,
c'est-à-dire celle qui permet de "se relier" à sa conscience
profonde. Or celle-ci est pur amour !
Révéler au monde que certains penseurs de
tel ou tel pays sont emprisonnés, torturés, parce qu'ils expriment une
vision différente de celle qui est imposée par leur
gouvernement, tenter de donner aux populations déshéritées
l'enseignement de base, la possibilité d'opérer des choix
personnels grâce à une connaissance objective du monde et de
l'histoire, ce sont là des actes indispensables et louables.
Parce que constructifs. Parce que
destinés à libérer l'humain des carcans qui l'emprisonnent
physiquement et psychiquement. Le terrorisme
et l'intégrisme naissent de l'ignorance. Et lutter afin que ces
petites sources de lumière, dispensées ici et là, grandissent pour
devenir... dans quelques siècles, un soleil, est une nécessité.
Qu'en est-il de publier des caricatures d'un Messie ? Quelle est
l'utilité de cette agression ? Bien sûr, il est évident que, pour le
véritable mystique, cela n'est d'aucune importance ! Bien plus, il
semble infiniment moins grave de se moquer d'un être infiniment
supérieur à nous, qui n'a pas plus à faire de nos plaisanteries
douteuses, qu'un aigle royal des mouvements du crabe au fond de
l'océan, que de ridiculiser un compatriote infiniment plus vulnérable
! Ce qui tend à devenir la routine de multiples émissions
télévisées ! Mais il importe avant tout de faire preuve d'un minimum
de lucidité. Après tout, les journalistes sont, ou devraient être,
pour la plupart, des personnages possédant un minimum de culture,
voire, théoriquement, d'intelligence. Or qui dit
"intelligence" sous-entend "compréhension".
Dans notre monde actuel, certains Islamistes sont particulièrement
pointilleux (c'est un euphémisme !) sur leur religion. Sans doute
est-ce triste, dangereux... Mais le fait est là, indéniable. Les
milliers de morts, tant Occidentaux que Musulmans, sont là pour nous
rappeler chaque jour cette dramatique réalité. Alors, se pose la
question suivante : quel est l'intérêt de
provoquer davantage encore cette susceptibilité ? D'accord, cela
va faire rire quelques lecteurs. Cela va faire augmenter les tirages de
journaux dont la notoriété battait de l'aile. C'est effectivement un
aspect à considérer. En face de cela, que se passe-t-il ? Les
Intégristes redoublent d'ardeur combative, des manifestations
s'allument un peu partout, provoquant des dizaines de morts, et nous
ignorons encore de quoi demain sera fait... Pour faire un (mauvais) jeu
de mots, on pourrait dire que, sur la balance, sont en opposition, la
Bourse et la Vie !
Où dénicher le constructif dans ce désastre ? Les Intégristes sont
de plus en plus Intégristes, des malheureux se font tuer, tout cela
pour défendre une soi-disant liberté de presse ? Ceux qui soutiennent
une pareille aberration seraient-ils donc inconscients ? Vive
la Liberté, bien sûr ! Mais pour que ce mot ait une signification
authentique, une condition sine qua non est indispensable ! Que ceux
auxquels elle s'applique aient suffisamment d'évolution de conscience
pour délimiter eux-mêmes leurs actions ! Bien sûr, un Etat
sans police serait paradisiaque ! Bien sûr, un Etat sans censure serait
l'Eden ! Mais, pour en arriver à cela, il est
d'abord impératif que chaque habitant ait suffisamment développé son
être intérieur pour respecter l'autre ! Pour savoir à quel
moment son action blesse le voisin. A ce moment-là, oui, il serait
possible de supprimer les carcans qui nous emprisonnent. Mais
tant que l'ignorance (qu'elle appartienne aux journalistes ou aux
religieux) commandera les agissements, tant que le mépris de l'autre
guidera nos pensées, l'Etat policier aura encore de beaux jours devant
lui !
Prôner la liberté d'expression, ce peut être noble. Tout dépend ce
qu l'on intègre dans ce terme d'"expression". S'il s'agit de
se moquer de celui qui est à côté de nous, s'il s'agit d'insulter le
voisin parce qu'il ne pense pas de notre manière, s'il s'agit de
provoquer volontairement celui que l'on sait enfermé dans des
convictions extrémistes, ce n'est plus s'affirmer de manière infantile
ou stupide, ce n'est plus désirer son émancipation, c'est
se montrer irresponsable, pour ne pas dire criminel ! Et
personne ne peut envier la place de ceux qui, pour quelque motif que ce
soit, génèrent le négatif et la destruction !
9/02/2006