Peu nombreux sont
sans doute ceux qui ont entendu parler de "nanosciences" ou
"nanotechnologies". Il faut dire que ce concept est encore
récent, même si dès 1948, des conjonctures avaient été envisagées
par certains savants sur de futures créations d'automates
autoreproductibles (John von Neumann). "Nano" signifie très
petit. Un nanomètre correspond à 10-9 mètre, soit un
millionième de millimètre.
Il y a moins de vingt ans, Eric Drexler
lança le projet nanotechnologique. Dans quelques décennies, la
conception et la réalisation de structures à l'échelle de l'atome
pourraient permettre à notre monde de changer radicalement de visage et
de structure fonctionnelle. Ainsi, dans vingt ou trente ans, il serait
possible que toutes les applications des nanotechnologies fassent partie
intégrante de notre univers.
Nanopuces
Nanorobots
Nanoassembleurs
Nanomoteurs
Construction
de matériaux superrésistants
Fabrication
d'objets hyperrésistants et hyperlégers
Médecine
& chirurgie à l'échelle nanométrique
Superordinateurs
miniatures
Et
bien sûr, tout le domaine militaire !
La
revue l'Ecologiste, n°10 de juin 2003, développe quelque peu les
futures applications pratiques qui pourraient bouleverser notre vie
quotidienne d'après-demain : cela va des voitures pesant 25 kg à des
emballages changeant de couleur quand le produit se périme, en passant
par des nanoparticules latentes dans une boisson qui, activées par un
micro-onde, pourraient délivrer le goût choisi par le consommateur, ou
un système de vision nocturne faisant interface avec les cellules
nerveuses de la langue !
Tout
cela semble relever du domaine de la science-fiction, mais certains
films ou romans nous ont tellement habitués à l'irruption de l'irréel
dans le quotidien, que, finalement, nous ne serions peut-être pas si
stupéfaits que cela. Après tout, nous trouvons normal que de
minuscules microprocesseurs permettent de visionner un film sur notre
ordinateur.
A
la lecture de ces prochaines réalisations, il est impossible de ne pas
être séduit par toutes ces merveilles. Mais qu'en est-il des dangers
qui les accompagnent ?
Ils
sont de plusieurs ordres.
Tout
d'abord, il sera possible d'enrichir l'alphabet génétique de bases
nouvelles et donc de créer des protéines nouvelles. Quel sera l'impact
de cette introduction de matière n'ayant jamais existé dans la nature,
l'alimentation ?
Le
risque majeur semble toutefois être "l'écophagie".
L'une des caractéristiques primordiales de ces "nanoengins"
serait leur autoreproductibilité et surtout, leur autocomplexification
! Ce qui veut dire qu'ils seraient capables de produire des structures
plus complexes qu'eux-mêmes ! Le danger serait alors une
autoréplication sauvage de ces nanomachines, soit à la suite d'une
erreur de programmation, soit par la folie démoniaque d'un malade,
puisque, par leur miniaturisation extrême, et leur présence dans tous
les secteurs de la vie, la technique serait accessible à tous les pays,
petits ou grands ! L'écophagie serait alors la destruction de la
biosphère par épuisement du carbone nécessaire à l'autoreproduction
des nanoengins. Les Américains donnent le nom de "green goo"
à cela. Le film "The blob" illustre ce phénomène.
"Goo" signifiant "substance visqueuse ou gluante".
Sans
compter que les machines effectueraient le travail qui nous épuise tant
actuellement ! Il n'y aurait donc plus que du temps libre, et la fin du
commerce... Que de bouleversements en perspective... Avec, à terme,
l'avènement d'un monde post-humain !
A
l'heure où certains scientifiques et soi-disant "illuminés"
s'apprêtent à réparer à coups de clones une nature limitée qui ne
fait que des erreurs, il y a effectivement de quoi être un peu inquiet
sur les visées prétendues amélioratrices de ces apprentis sorciers.
Pour la simple raison qu'il ne peut exister de création matérielle qui
ne soit intéressée ! Qui possède les milliards de dollars pour
expérimenter et réaliser les changements physiques, sinon les
multinationales. Et, à moins d'être d'une naïveté charmante, comment
peut-on croire que l'intérêt n'est pas le premier moteur de ces
recherches ?
A
noter, pour terminer, que le premier pôle européen des
nanotechnologies est... Grenoble !