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" Le Maître
véritable n'est pas celui qui a le plus de disciples, mais celui qui
crée le plus de Maîtres.
Le Leader véritable n'est pas celui qui a le plus d'adeptes, mais celui
qui crée le plus de Leaders.
Le Roi véritable n'est pas celui qui a le plus de sujets, mais celui
qui mène le plus grand nombre à la Royauté.
L'Enseignant véritable n'est pas celui qui a le plus de connaissances,
mais celui qui amène le plus de gens à la Connaissance.
Et le Dieu véritable n'est pas celui qui a le plus de serviteurs, mais
celui qui sert le plus, faisant ainsi des Dieux de tous les autres.
"
Neale
Donald Walsch "Conversation avec Dieu"
1984.
La période estivale et son cortège de stages aux promesses plus
alléchantes les unes que les autres. « Comment développer sa
spiritualité en dix leçons ?… », « Guérir toutes les
maladies par la grâce d’une vingtaine d’heures de cours… »,
« Résoudre les problèmes de sa vie par le moyen de l’astrologie
d’évolution… ». Oh, bien évidemment, les engagements ne sont
pas toujours tenus (c’est un euphémisme !), la transformation
intérieure promise n’est pas souvent au rendez-vous, mais les
événements et les rencontres que génèrent ces rassemblements ponctuels
amènent des bouleversements, souvent profonds, parfois merveilleux dans
la vie quotidienne des participants.
Depuis six ans, j’avais commencé à accumuler, intellectuellement, une
somme de connaissances dans des domaines aussi divers que l’homéopathie,
la naturopathie, l’astrologie, l’ésotérisme. Je m’étais affilié
à un Ordre Traditionnel, avais participé à un certain nombre « d’Intensives »
dirigées par les disciples de Swami Muktananda, suivi de nombreux cours,
mais tout cela n’avait pas amené de changements profonds parce que le
mental régnait encore en maître. Je « voulais » obtenir un
résultat, ce qui est, bien évidemment, le moyen le plus efficace pour s’enliser
dans l’échec.
Je
m’étais inscrit, cette année-là, dans un séminaire d’une semaine
conduit par un médecin du Gard que je connaissais depuis 1978, et pour
lequel j’avais ( et j’ai toujours, d’ailleurs ), la plus grande
admiration. Le stage s’intitulait : « L’énergie, et après… ».
Tout un programme !…Je n’étais pas encore un familier de ce type
d’expérience et j’appréhendais passablement cette exploration
inconnue.
Plusieurs
groupes se sont donc retrouvés à Eyzin-Pinet, non loin de Vienne, dans l’Isère.
Je ne me souviens plus des sujets qui étaient représentés, mais je
pense qu’il devait y avoir les activités habituelles, à savoir :
astrologie, tarot, massage…Nous étions une douzaine à avoir choisi l’apprentissage
énergétique.
Hormis
un exercice qui s’est
profondément inscrit dans ma mémoire, je ne conserve que peu de
souvenirs précis des cinq premières journées de travail. Il faut dire
que d’innombrables heures ont suivi cette première approche, et l’ont
passablement masquée. Seules sont à jamais gravées au plus profond de
mon être, les soixante minutes du vendredi soir.
Il
était de coutume, au cours de ces étés de séminaires, que, chaque
jour, après le souper, un des maîtres de stage présente aux
participants des autres groupes un
aperçu du travail qu’il effectuait avec ses propres élèves. Cette
soirée pouvait, suivant le sujet ou la personnalité du responsable, se
présenter sous des formes variées : humoristiques, pratiques,
sérieuses...
J’habitais
alors à quelques dizaines de kilomètres d’Eyzin-Pinet et
rentrais chaque soir à mon domicile, ce que je regrettais, car
tous ceux qui ont suivi ce type de travail résidentiel savent qu’il est
important de demeurer au sein du groupe pendant toute la durée du stage,
et que les coupures avec retour à la vie quotidienne sont à la fois
frustrantes et difficiles à gérer. Mais l’attachement conjugal
était fort et je ne me donnais pas la liberté de suivre mes
désirs.
Ce
vendredi soir était réservé à la présentation succincte, par notre
maître de stage, de certains exercices et du travail que nous
accomplissions quotidiennement. Pour une fois, après avoir passablement
hésité, je respectai mon désir et
choisis de demeurer sur place.
J’ai
beaucoup de difficultés à me souvenir clairement du passé, lointain ou
récent. Qu’il s’agisse de lieux, de personnes, d’événements, tous
sont souvent flous, déformés ou inexistants. En revanche, je revois
clairement cette grande salle rectangulaire, de même que le lieu où je m’étais
assis, contre le mur. En tant qu’élèves du médecin, nous ne
participions pas à la soirée et assistions seulement en tant qu’observateurs.
Les membres des autres groupes, qui avaient souhaité avoir un aperçu de
notre travail, étaient assis au centre de la pièce.
Quelques
exercices ont été effectués. Notre « maître » donnait un
petit nombre de directives, brèves (l’expansivité est, ou tout au
moins, était, à ma connaissance, rarissime chez lui) et murmurées. Il
passait dans les rangs, envoyait de temps à autre un : « sens à
tel endroit ce qui se passe…», et poursuivait son chemin.
Il
s’est approché d’une femme assez jeune, mais handicapée. Elle n’était
pas dans un fauteuil roulant, mais sa maigreur était intense et j’avais
observé, au moment où elle avait pénétré dans la pièce, qu’elle se
déplaçait avec difficulté. Il s’est penché vers elle,
ses lèvres ont prononcé quelques mots que je n’ai pas entendus.
Et brusquement…
Comment
trouver les mots pour décrire cela ? Notre langue ne recèle aucun
terme susceptible de traduire le sublime…
Brusquement
une "coulée" d’Amour a pénétré tout mon être.
Si
le mot « coulée » m’a semblé, par la suite, le moins mal
adapté à ce que j’ai ressenti alors, c’est que cette vibration
était presque palpable. Comme si elle appartenait à une condition que
nous ne connaissons pas, participant à la fois des quatre états de la
matière. Elle était d’une brièveté intense, ( l’ébranlement que j’avais
éprouvé en profondeur n’avait duré qu’une fraction de seconde ),
mais cette puissance était, en même temps, d’une merveilleuse douceur.
Bienfaisante, chaleureuse, universelle, innommable...
Instantanément,
toutes les cellules de mon corps ont commencé à vibrer comme sous l’effet
de milliers de volts. Et je me suis mis à pleurer de bonheur, de joie,
sans parvenir à m’arrêter. Sans éprouver la moindre envie de mettre
fin à ce miracle, tant cette énergie balayait, dissolvait en une
fraction de seconde les peurs, les angoisses, les doutes, les
interrogations. Tous ces nuages qui empoisonnent chaque instant de notre
vie, nous coupent de la source divine. Lorsque, plusieurs jours après, j’ai
tenté d’éclaircir ces instants, j’ai d’abord donné à cette
énergie le nom d’Amour, mais en fait, elle était tout à la
fois : Amour, Joie, Harmonie, Vie, Paix…Il n’y avait aucune
fracture entre toutes ces notions que notre mental sépare et analyse.
A
ma droite se trouvait une de mes compagnes de stage qui s’appelait, je
crois, Nadine. Elle a posé sa main sur mon épaule, pensant probablement
que j’étais triste, que j’avais besoin de consolation. J’aurais
été incapable de la détromper, parce que ma gorge ne pouvait émettre
aucun son. Combien de minutes
a duré cet état ? Je n’en ai aucune notion. J’aurais aimé le
savourer pendant l ‘éternité, sans bouger d’un millimètre. Le
temps, l’espace n’avaient plus aucune signification. Je conservais la
conscience de mon corps, mais ses limites semblaient avoir disparu. Mon
être n’était plus qu’une pulsation unique de paix, d’harmonie, de
joie, d’amour.
La
soirée s’est terminée. Il me fallait regagner la maison. Péniblement,
j’ai réussi à couvrir les quelques 40 km qui m’en séparaient. Je me
souviens que, pour la seule fois de ma vie, je ne pouvais dépasser, sur l’autoroute,
la vitesse d’un cycliste, tant mon corps vibrait de toutes parts !
C’est à peine si je parvenais à changer de vitesse ! Une fois
arrivé, j’ai juste été capable de dire à ma femme :
« merci », et je me suis écroulé sur mon lit. Je n’ai pas
fermé l’œil une minute. L’excitation de chaque fibre était telle,
que je restais immobile, les yeux grands ouverts dans le noir, à écouter
les cellules chanter leur joie de vivre.
Puis, pendant un temps qui m’a paru long, une étrange sensation
s’est superposée à celle qui me baignait depuis quelques heures :
il s’agissait de points qui « s’allumaient » le long de ma
tête, lentement, les uns après les autres, en suivant un cheminement
précis. Comme si un acupuncteur posait une à une des aiguilles et que
chaque emplacement devenait particulièrement vivant, manifestait sa
présence avec une fermeté douce. ( Plusieurs semaines après, je me suis
rendu compte que ce parcours était exactement celui du méridien Triple
Réchauffeur ).
Le
lendemain était le dernier jour du stage. Je m’y suis rendu. Les
vibrations d’Amour étaient toujours présentes dans mon corps, dans mon
cœur, mais l’intensité avait commencé à décroître légèrement. Je
pouvais parler et je me souviens des paroles que j’ai émises au
moment de la clôture. Sans doute les mots les plus vrais que j’aie
jamais prononcés de ma vie, parce qu’ils avaient leur source dans l’expérience
même de l’Amour et non dans notre conception mentale.
La
nuit suivante a ressemblé à la précédente. Bien sûr, le corps
revenait petit à petit vers son fonctionnement habituel, mais il
suffisait que je dirige ma conscience une fraction de seconde sur cet
instant où tout avait basculé, pour que l’état revienne dans toute sa
puissance. Et il va sans dire que j’y pensais en permanence ! Cela
a duré quelques mois, puis insensiblement, un effacement s’est produit…
Aujourd’hui, lorsque je tente de retrouver le contact avec cette
expérience, dans un état de détente, une faible trace de cette
vibration d’alors resurgit. Mais si faible et lointaine qu’il est
difficile de la considérer de même nature. Un pâle reflet de la source
originelle…
Il est indéniable que, jusqu’à ce jour, aucune expérience n’a
surpassé celle-ci. Lorsque l’intellect a repris sa place
habituelle, il s’est empressé de comprendre, d’analyser, de
disséquer…Mais l’évidence est que, dans une circonstance semblable,
les mots n’existent pas. Je m’en étais déjà rendu compte lors de
certaines expérimentations antérieures, beaucoup moins spectaculaires,
et combien cela était encore plus vrai alors ! La langue française,
et, fort probablement toutes les autres langues, ne recèlent aucun terme
susceptible de traduire ce qui est ressenti dans le domaine non physique.
Ce
qui est non moins évident, c’est qu’une
semblable expérience balaie inexorablement beaucoup de doutes. Un grand
Ordre Traditionnel consacre une importante partie de ses premiers
enseignements à la différence entre : croyance, foi et confiance.
Il ne fait pas de doute que, dans un semblable contact avec la vibration d’Amour,
la confiance est définitive et immuable, parce que vécue, intégrée par
chaque fibre du corps. Et encore ! Il est important de prendre
conscience que cette communion avec ce que j’appelle le Cosmique, qui a
été capable de provoquer un bouleversement intense pendant plus de 48
heures, et palpable durant des semaines, n’a duré que quelques
centièmes de seconde ! Que serait-ce alors de vivre en permanence
dans cet Amour divin auquel nombre d’entre nous aspirent ? Quel
corps, hormis celui d’un petit nombre d’êtres réalisés, serait
capable de ce bain continu ?
Les mots qui sont venus sous ma plume en titre sont : « joie et
tristesse ». Joie, c’est l’évidence. Jusqu’au dernier instant
de ma vie présente, je remercierai pour cette seconde de communion.
Alors, pourquoi tristesse ? La raison en est simple.
Les
années qui ont suivi cette merveilleuse expérience ont été les plus
difficiles de mon existence. Les raisons sont nombreuses et leur
développement serait tout à fait déplacé ici. Je n’en citerai que
deux.
La
première, indéniablement, est l’orgueil ! Une qualité bien
humaine…C’est au moment où l’on se croit parvenu à la réussite
que la vie se charge de nous apporter des occasions de vérifier nos
prétentions. Et là, il suffit de peu de temps pour que nous soyons
contraints de réintégrer notre juste place…Humilité, humilité !…
L’épreuve est difficile à surmonter, mais, à mon sens, moins que la
seconde :
Imaginez
pendant une minute l’arrivée sur terre d’un enfant aveugle de
naissance. Il vit dans un univers sombre, entend parler autour de lui de
la lumière, de la beauté des fleurs, de la splendeur d’une aube, de la
pureté d’un ciel d’azur. Mais toutes ces merveilles ne correspondent,
pour lui, qu’à des mots dénués de sens. Bien sûr, il développe des
perceptions que nous ne connaissons pas, des sensations qui lui permettent
d’appréhender l’univers d’une manière différente. Il n’en reste
pas moins qu’il ignore à jamais ce qu’est un regard de tendresse ou d’amour.
Et puis, un jour, alors que rien ne l’y a préparé, ses yeux s’ouvrent
pendant quelques instants au monde. D’un seul coup, il découvre les
splendeurs dont il a tant rêvé. Quelle joie peut égaler
celle-là ? Il respire cette lumière de vie. C’est une nouvelle
naissance, la Vraie naissance. Et voilà que les yeux se referment, que le
voile s’épaissit de plus en plus et que les merveilles s’éloignent
inexorablement. Sans possibilité de retrouver la clé qui entrouvre les
portes de la muraille, parce qu’il n’y a jamais eu de clé. Alors l’émerveillement,
la joie de l’expérience s’estompent inexorablement, et la vie dans la
pénombre devient encore plus douloureuse qu’auparavant. Lorsque l’on
a goûté à la beauté de la création, peut-on se contenter d’une
existence dans les ténèbres ? Lorsque l’on a vibré, ne serait-ce
qu’une fraction de seconde, dans l’Amour divin, peut-on
éprouver la même joie dans les amours terrestres, aussi
belles soient-elles ?
Après
avoir accumulé jour après jour de petites graines de détachement, de
minuscules flocons d’acceptation, d’imperceptibles atomes de sagesse,
je sais aujourd’hui que la réponse est « oui ». Mais je
suis bien conscient que, pour le moment,
ce « oui » n’est issu que du mental. Parce que le
jour où il surgira vraiment du cœur, je réintégrerai pour toujours cet
Amour entraperçu.
Anonyme
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