Extrait de la Nouvelle La Plume, Bernard Sellier

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La  Plume

Nouvelle

Bernard  SELLIER

Résumé :

Mathieu Loisel est l'auteur d'un ouvrage qui vient de connaître un immense succès populaire. Convoqué par son éditeur, il quitte la maison isolée qu'il habite dans la banlieue parisienne, curieux de connaître la cause de cette invitation. L'entrevue se révèle particulièrement positive, mais l'attitude de l'éditeur change brusquement lorsqu'un coup de téléphone lui apprend de mauvaises nouvelles... 

 

( Deuxième Prix de la Nouvelle, Concours Editions Terriciaë Hiver 2007 )


Cette nouvelle est disponible dans le recueil "Dérives".


Acheter DERIVES

Mathieu gravit les dernières marches, ferme à double tour la lourde porte de la cave et découvre le spectacle radieux offert à sa vue. La petite cuisine est inondée par les premiers rayons du soleil matinal, qui s’engouffre par la fente des volets entrebâillés. Les casseroles suspendues au mur, soigneusement polies, s’enflamment, et la table du petit déjeuner, couverte de vaisselle fine, quitte progressivement la pénombre pour illuminer l’ouverture de cette journée exceptionnelle.

Un rapide coup d’œil. Tout est bien en place : la tasse, le sucrier, la théière, le pot de confiture, les couverts, le beurrier, sorti du réfrigérateur vingt minutes à l’avance. Le temps nécessaire au demi ramollissement de son contenu.

Mathieu est heureux. Immobile, les yeux clos, il goûte avec délice ces minutes précieuses. Un léger chant d’oiseau, éthéré, vient bercer le ravissement intense qui l’envahit. La perfection appartiendrait-elle à ce monde ? L’alliance rare, improbable, chimérique, de la béatitude intérieure et de l’harmonie extérieure ! Sans doute est-ce l’un de ces moments uniques où leur union se réalise.

Une dernière inspiration profonde et le mouvement de la vie reprend son cours. Il est important que le thé ne refroidisse pas trop. Mathieu s’assied le dos à l’est, avide de sentir sur sa nuque la délicate tiédeur solaire. Ses gestes lents, mesurés, reproduisent avec la régularité d’un métronome les mouvements quotidiens traditionnels : la saisie du morceau de baguette, sa division en deux portions égales,  longitudinalement, l’étalement d’une mince pellicule de beurre, puis celui de la gelée de groseilles. Que tout cela est bon, surtout aujourd’hui…

Si l’atmosphère paisible du lieu (une maison isolée dans un environnement boisé), ainsi que la pureté du ciel matinal, entrent pour une large part dans l’opulence de ce bien-être, l’appel téléphonique reçu la veille est loin d’y être étranger. Un coup de téléphone inattendu de Maurice Barthélémy, l’éditeur des deux ouvrages publiés à ce jour. Et, surtout, générateurs d’un engouement populaire auquel Mathieu lui-même ne s’attendait pas ! Quatre vingt mille exemplaires pour le premier, cent dix mille pour le second ! Une claque magistrale assénée au directeur des célèbres éditions Fayaud, qui n’avait pas jugé le nom de « Mathieu Loisel » suffisamment porteur, pour prendre en charge ses créations littéraires, certes « écrites avec talent, mais susceptibles d’intéresser un créneau trop restreint de lecteurs ». 

« Je vous attends demain à onze heures… »

La voix chaleureuse de Maurice résonne encore à son oreille. Elle avait ajouté, au bout de quelques secondes de silence :

                « Je vous prépare une surprise de première grandeur »…

                Mathieu frissonne de plaisir. De quoi peut-il s’agir ? Le troisième manuscrit a été remis il y a deux semaines. Le fait qu’il soit, lui aussi, accepté, ne pourrait pas vraiment être rangé dans la catégorie des « surprises ». Non, le terme recouvre, à l’évidence, un autre événement…

                Huit heures dix. Une brève récapitulation mentale pour éliminer tout risque d’erreur que l’excitation pourrait faire commettre : une heure pour atteindre le boulevard périphérique, quarante minutes pour gagner la sortie « porte d’Ivry », vingt minutes pour dénicher une place à proximité de la rue de Tolbiac, dix minutes pour parcourir à pied les quelques centaines de mètres restants et cinq minutes pour calmer respiration, affolements cardiaques, afin que l’entrée dans le bureau directorial se fasse dans un calme olympien. Soit un total de deux heures quinze. Il ne reste donc plus qu’une large demi-heure pour effectuer les derniers préparatifs.

                Mathieu se lève, range tranquillement la vaisselle dans l’évier, le beurre et la confiture dans le réfrigérateur, essuie soigneusement la table, et procède aux ultimes vérifications : fermeture de tous les volets, de la petite porte vitrée annexe, dotée de solides barreaux, qui donne dans le jardin, fonctionnement correct du répondeur téléphonique… Décidément, tout est en ordre.

                Il saisit sa mallette, l’ouvre : chaque document est à sa place. Satisfait, il prend une ample respiration, tape les six chiffres du code de l’alarme, sort majestueusement, verrouille la porte d’entrée à double tour et s’installe dans le véhicule qui, depuis dix ans, le transporte fidèlement. Un léger coup au cœur en introduisant la clé de contact. Si elle ne démarrait pas ! L’excitation était telle, la veille au soir, qu’il avait oublié de vérifier le bon fonctionnement de la batterie ! Sait-on jamais ! Une vingtaine de sorties par an, c’est bien peu ! Mais non, décidément, tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes. Le ronronnement est chaleureux, normal, rassurant.

                Un demi-tour sur les gravillons et c’est le grand départ. Mais, au bout de quelques mètres, Mathieu freine brutalement. Son front se plisse. Que se passe-t-il ? Impossible de le dire. Quelque part, au fond de son cerveau, une minuscule sonnette d’alarme s’est, semble-t-il, agitée. Il coupe le contact, le cœur battant. Un oubli ? Il récapitule les divers point importants qui précèdent tout départ : fermeture des issues, de la cave, téléphone, alarme, feux de la cuisinière éteints… Tout cela a été effectué sans que le doute soit possible. Pourtant l’embryon d’angoisse est toujours présent.

                Il ouvre la portière, pose un pied à terre, puis se ravise. Il est huit heures quarante cinq. Pas question de se mettre en retard. « Je ne vais tout de même pas sombrer dans les « TOC§ », c’est tout à fait indigne de moi ! ».

                Il referme la portière, remet le contact et s’éloigne lentement. L’inquiétude s’est assoupie, mais ne s’est pas totalement désintégrée.

 « Bah, qu’importe, à 16 heures, au plus tard, je serai de retour »…

                Conformément à ce qu’annonçaient les informations radiophoniques, la circulation est fluide. Et, comble de chance, une place de parking se libère devant lui, avant même qu’il ait commencé sa quête, d’ordinaire laborieuse,  dans les rues du quartier. Trente minutes pour parcourir les deux cents mètres qui le séparent de l’immeuble. C’est infiniment plus qu’il n’en faut pour arriver à bon port, frais et décontracté ! Pour la première fois, il se surprend à regarder les devantures, et, fait exceptionnel, à lancer quelques sourires aux jeunes femmes qu’il croise. Le bonheur est décidément un état de grâce !

                Une plaque modeste : « Les Editions du Vers Galant ». Une adresse presque inconnue du grand public, voici quelques années, indiquée par une vague relation littéraire, et qui, par la grâce de ses deux romans, se voyait aujourd’hui jalousée, courtisée par tous les groupes majeurs ! C’est à lui qu’elle devait sa notoriété soudaine. Il n’était guère étonnant que chacune de ses rares visites dans les lieux soit saluée comme le serait l’arrivée d’un Messie !


§ Troubles obsessionnels compulsifs

à suivre...     

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