Accueil : Les Portes de Janus, pièce de théâtre, Bernard Sellier

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Les Portes de Janus

Pièce de théâtre en 5 Actes

Bernard  SELLIER    

ACTE I,  Scènes 1 & 2

  SCENE 1

MATHIEU, CATHERINE

Un salon confortable mais ordinaire. Un canapé, des tableaux bon marché aux murs, une table basse, quelques meubles. Au lever du rideau, Catherine, la femme de ménage, 40 ans environ, essuie sans bruit un meuble dans un coin. Elle est discrète, effacée. Une porte s'ouvre et Mathieu apparaît en peignoir. Il baille, s'étire, se frotte les yeux. Il n'a pas aperçu Catherine.

MATHIEU

Eh bien ! Quelle nuit…

CATHERINE se relève, se tourne vers lui et très timidement.

Bonjour Monsieur.

MATHIEU, sursaute.

Hein ? Ah, c'est vous, Catherine… Bonjour. Excusez-moi, je ne pensais pas que vous étiez là.

Essayant de mettre de l'ordre dans ses idées.

Mais, au fait, je vous croyais en arrêt-maladie ?

CATHERINE

Oui, une bien mauvaise grippe. Quatre jours de lit, avec quarante et un, et des courbatures et tout et tout ! Mais ça va beaucoup mieux depuis hier. Alors, ce matin, j'ai décidé de venir travailler. Vous savez, on est samedi, mon mari est à la maison. Alors, je ne vous dis pas ! Ça me flanque mal à la tête de le voir tourner sans rien faire. Il me donne le vertige.

MATHIEU, comme se parlant à lui-même.

Oui, je comprends. Ma foi, si vous vous sentez en état… vous avez bien fait de venir.

Il cherche sa montre mais elle n'est pas à son poignet.

MATHIEU

Au fait… quelle heure est-il ? Je ne sais pas ce que j'ai fait de ma montre.

CATHERINE

Dix heures et demie, Monsieur.

MATHIEU, ouvre de grands yeux.

Nom d'un chien ! Tant que ça ?

CATHERINE

C'est qu'il fait tellement sombre ! On se croirait la nuit ! …Vous avez une bien vilaine mine. J'espère que je ne vous ai pas passé de microbes ?

MATHIEU, soupire bruyamment..

Non, non…

puis plus bas, comme s'adressant à lui-même

S'il ne s'agissait que de microbes… Ce serait le bonheur ! Hélas…

CATHERINE d'une voix hésitante

Ça ne va pas, Monsieur ? Je vais vous préparer le petit déjeuner !

MATHIEU

Non, merci, je n'ai pas faim. 

CATHERINE continuant à épousseter

Vous allez vous affaiblir ! Avec toutes vos heures de travail et les saletés qu'ils nous envoient ! Ça n'est pas bon de vous laisser aller. Tenez, tous les matins, je prends un grand bol de céréales. Sinon, je ne tiendrais jamais. Pensez, entre dix et douze heures, debout, accroupie, quand ça n'est pas à quatre pattes !… Il faut une bonne résistance… Madame n'est pas réveillée ?

MATHIEU, qui semblait absorbé dans ses pensées, revient à la réalité.

Ma femme s'est absentée pour deux jours. Une simple visite à sa mère, rien d'important. Elle ne devrait d'ailleurs pas tarder. Elle a prévu de rentrer avant midi. Si vous pouviez préparer un petit quelque chose, ce serait bien. Ce que vous trouverez dans le frigo…

CATHERINE

Bien sûr. Je finis de nettoyer ici. C'est fou ! Cinq jours sans ménage et…

Puis, brusquement :

Elle ne craint pas de rouler par ce mauvais temps ?

MATHIEU

Hein ? Qui ça ?

CATHERINE

Mais votre femme !

MATHIEU, étonné

Ben, non, pourquoi ?

CATHERINE

Ah ! La vie est tellement pleine de dangers au jour d'aujourd'hui… Des fous partout ! Vous faites un pas dehors, et il vous arrive plein de catastrophes ! Heureusement qu'il y a les horoscopes ! Vous les lisez tous les matins ?

MATHIEU, sourit tristement.

Heu…Non, pas du tout !

CATHERINE

Vous avez tort ! Vous devriez. C'est fou ce que ça peut aider. Même, des fois, vous sauver la vie. Tenez, pas plus tard que la semaine dernière, si je n'avais pas suivi le conseil, à l'heure qu'il est, je serais sous terre ! Figurez-vous… Mais je vois que je vous embête avec mes histoires…

MATHIEU

Non, non, vous ne m'embêtez pas. Je suis un peu préoccupé, simplement…

CATHERINE

Vous voyez, vous craignez pour Madame… Rassurez-vous, son horoscope du jour est excellent ! Le vôtre aussi, d'ailleurs.

MATHIEU, sortant d'une semi torpeur

Comment le mien ? Vous connaissez ma date de naissance ?

CATHERINE, d'un air débonnaire.

Oh, entre femmes… Madame me l'a donnée. Elle croit beaucoup à ce genre de choses, vous savez, un peu… comment dit-on… érotésiques !

MATHIEU

Ésotériques…

CATHERINE, enjouée.

Ah oui, c'est ça ! Je me trompe toujours. Tenez, le journal est là, vous voulez que je vous lise le vôtre ? Vous allez voir, ça va vous remettre tout de suite d'aplomb. 

Sans attendre la réponse, elle pose son chiffon et va chercher le journal posé sur un petit guéridon.

MATHIEU, marmonnant.

Au point où j'en suis…

CATHERINE, lisant avec une certaine difficulté.

Attendez… Voilà : " une journée exceptionnelle s'ouvre devant vous. Une rencontre inattendue va bouleverser votre vie. Saisissez toutes les chances qui se présentent sans hésiter ". C'est pas encourageant, ça ?

MATHIEU, soupire à nouveau, fait la moue et à mi-voix.

Pour être exceptionnelle, elle va l'être, c'est sûr ! Mais pour ce qui est de la rencontre, je ne vois pas bien…

CATHERINE

Ce n'est encore que le matin ! Je vous dis, cette madame Zorah, je ne sais pas où elle va chercher tout ça, mais c'est vraiment super. Toujours pile ! Vous m'en direz des nouvelles lundi. Je suis sûre que vous aurez retrouvé le sourire…

MATHIEU, d'un ton las.

C'est très gentil à vous, Catherine, très gentil.

Puis, très bas.

Si seulement je pouvais en être aussi sûr !

S'adressant à Catherine.

Finalement, si vous avez un café... Ça me réveillera.

CATHERINE

Ne vous dérangez pas, j'en ai préparé. Asseyez-vous, je le fais chauffer et je vous l'apporte. Vous vous sentirez mieux après.

MATHIEU, finit par s'asseoir sur un fauteuil devant la table basse.

Merci, j'en ai bien besoin !

CATHERINE, disparaît dans la cuisine et poursuit la conversation en haussant la voix.

Vous avez mal dormi ?

MATHIEU

Deux ou trois heures… Et encore !

Il enfouit son visage entre ses mains. On entend la voix de Catherine.

CATHERINE

Moi, je ne peux pas dormir si je ne prends pas tous les soirs mon comprimé. A onze heures précises, le verre d'eau, la petite pilule bleue et un quart d'heure après, rideau ! Je vous en passerai pour essayer. Vous verrez, c'est miraculeux ce qu'ils font aujourd'hui !

Puis au bout de quelques secondes.

Tenez, la voiture de Madame qui arrive. Tout va bien…

MATHIEU, se redresse brusquement et se lève.

______________________

SCENE 2

LES MEMES, MARIE

Catherine rentre avec le café. Elle le sert tandis que Mathieu, inquiet, regarde par la fenêtre. Marie entre. C'est une jeune femme élégante, bien maquillée, à la démarche assurée, quasi impériale. On aperçoit discrètement un début de grossesse. Elle pose un sac de voyage, s'approche de Mathieu et lui donne un baiser rapide.

MARIE

Ah, bonjour Catherine. Je vois avec plaisir que vous êtes guérie.

CATHERINE

Oui Madame, merci.

MARIE

Soyez gentille de nous préparer le poulet que j'ai posé sur la table de la cuisine. Vous ferez aussi quelques pommes de terre. Ou plutôt, non, des haricots verts, c'est plus digeste avec les protéines. Et une petite salade en entrée.

Elle s'approche d'elle et lui glisse deux mots à l'oreille.

CATHERINE

Bien Madame.

Elle sort. Marie fixe un instant Mathieu qui s'est rassis et baisse les yeux. Elle hausse les épaules et s'assoit.

MARIE

Ces deux jours de liberté n'ont pas l'air de t'avoir réussi beaucoup ! Tu as un air de déterré. Tu as fait la nouba ? 

MATHIEU, lève les yeux au ciel.

La nouba ! Non, j'ai très mal dormi, tout simplement.

MARIE

Pourtant, on ne peut pas dire que tu te sois levé aux aurores. Je crois que ce serait bien, d'ailleurs, que tu t'habilles rapidement !

MATHIEU, un peu surpris.

Ah bon ? En fait… J'ai quelque chose à te dire. Mais ça n'est pas d'une urgence folle...

Il se dirige vers la porte de la chambre, mais la voix ferme de Marie l'arrête dans son élan.

MARIE

Attends ! Ça tombe très bien, parce que moi aussi j'ai à te parler.

Puis sur un ton ironique :

Au moins, pour une fois, nous aurons quelque chose à partager ! Je t'écoute.

MATHIEU, un peu décontenancé.

Je préfèrerais que ce soit toi qui commences.

MARIE, une moue dégoûtée

Décidément, je ne sais pas si un jour tu te décideras à devenir adulte ! Enfin, il paraît que l'espoir doit se cultiver jusqu'à la dernière extrémité…Vivement qu'elle arrive, celle-là ! Bon, eh bien puisque tu es toujours aussi courageux, voilà : je ne suis pas du tout allée voir ma mère !

MATHIEU, la voix tremblante.

Tu veux dire…

MARIE

Une seconde, s'il te plaît. Laisse-moi terminer au lieu d'imaginer je ne sais quelle bêtise. Contrairement à toi, je ne travaille pas dans les sous-entendus. Je dis clairement que si je n'ai pas rendu visite à ma mère, c'est parce que je suis allée voir un homme dont je t'ai parlé quelquefois, un… conseiller, si l'on veut.

MATHIEU, méfiant.

Comment ça, un conseiller. De quoi ? Un psychologue ?

MARIE, un peu énervée.

Je ne sais pas exactement quels sont ses diplômes, et de toutes façons je m'en moque. Je vois simplement que c'est un homme dévoué, intelligent, compétent, de bon conseil. Et si je t'ai demandé tout à l'heure de ne pas rester dans cette tenue, c'est parce qu'il vient déjeuner à midi.

MATHIEU, ne cache pas sa stupéfaction.

Il vient… déjeuner ?

MARIE

Oui. Pourquoi ? C'est tellement extraordinaire ? Ce n'est pas parce que nous ne recevons jamais d'amis que ça doit devenir une religion. Oui, je l'ai invité, et il a eu la gentillesse d'accepter. Il en profite pour venir voir une parente, cousine, quelque chose comme ça.

MATHIEU

Mais il habite où ?

MARIE, fait une vague moue de dégoût.

Tu es réellement stupéfiant ! Voilà un homme très sollicité, qui nous fait l'honneur de venir nous aider à résoudre nos problèmes, et tout ce que tu trouves à me demander, c'est le numéro de son immeuble et la couleur de sa porte…

MATHIEU

Tu as des problèmes ?

MARIE, commence à prendre un ton agacé.

Non, Mathieu, JE n'ai pas de problèmes. En revanche, NOUS avons des problèmes.

MATHIEU

Pourtant, jusqu'à maintenant…

MARIE

Comment ça : " jusqu'à maintenant " ? Écoute-moi, depuis des mois nous ne faisons plus rien en commun, nous passons nos soirées chacun de notre côté, et on fait l'amour tous les vendredi 13 ! J'en suis encore à me demander comment il peut se trouver là !

Elle montre son ventre.

Alors, si ce ne sont pas des problèmes, comment appelles-tu ça ? De l'amour volcanique, de la communion passionnelle ?

MATHIEU

Mais, enfin, nos affaires ne regardent pas les étrangers. On doit pouvoir arranger ça nous-mêmes.

MARIE

D'abord, excuse-moi, mais je n'ai aucun désir " d'arranger ", comme tu dis. Pour arranger, il faut que le quelque chose soit seulement dérangé. Pas absent, cassé ou bousillé ! De toute manière, il sera là dans une heure. Tu comptes le mettre à la porte ?

MATHIEU

Non… non, bien sûr ! Mais tu aurais pu m'en parler…

MARIE

C'est vrai, c'est vrai, je partage absolument cette observation ! Mais il se trouve que lundi soir tu assistais à ta réunion professionnelle, que mardi soir c'était le club de bridge qui était à l'honneur et mercredi… je ne me rappelle plus. S'il faut prendre un rendez-vous un mois à l'avance pour te parler, dis-le tout de suite ! 

MATHIEU, abattu.

C'est vrai, cette semaine a été un peu dure.

Il se tait et remue machinalement la cuillère dans sa tasse de café.

MARIE

Tu n'avais pas quelque chose à m'annoncer ?

MATHIEU

Oui, mais… enfin, ce n'est pas une très bonne nouvelle…

MARIE, feignant l'étonnement.

Non ?

MATHIEU, après une longue hésitation.

Eh bien, mon contrat se termine le mois prochain…

MARIE, d'un ton sévère.

Tu veux me dire que tu es licencié, quoi !

MATHIEU, penaud.

C'est un peu ça.

MARIE, sur un ton monocorde.

En effet, c'est une nouvelle.

MATHIEU

Tu n'as pas l'air surprise !

MARIE, toujours sur le même ton monocorde.

Surprise ? Pas du tout ! Mais alors, pas le moins du monde !

MATHIEU

Ah bon !

MARIE

Mathieu, tu es le Prince du traditionnel. Le Roi du prévisible ! Si tu m'annonçais : " Je viens de recevoir une promotion " ; " j'ai retenu deux places pour une croisière en mer Noire ", " je t'emmène passer un week-end à Saint-Pétersbourg "… là, oui, j'avoue humblement que je serais dans la stupéfaction la plus totale ! Mais tu m'informes qu'ils t'ont éjecté. C'est tellement dans l'ordre de tes possibles que je n'éprouve aucune surprise !

Elle émet un petit rire et ironiquement :

Qu'est-ce qui s'est passé ? Tu as fait preuve d'un excès incontrôlé de dynamisme ? D'originalité ? D'invention ? Tu as conclu un marché international trop important ?

MATHIEU, hausse les épaules.

Ne te moque pas de moi, s'il te plaît. J'ai toujours fait ce qui était en mon pouvoir…

MARIE

Mon Dieu ! Tu connais ce mot-là ? Je n'aurais pas cru. C'est vrai, j'en conviens, je suis agressive.

Reprenant d'une voix légèrement plus douce.

Dis-toi bien tout de même que si je suis ici, en ce moment, pour te balancer ça, c'est parce que, malgré ton tempérament qui n'est pas vraiment ce que je désire, j'ai de l'affection pour toi. Et c'est peut-être de la folie, ou une pure utopie, mais j'ai envie qu'on retrouve la complicité de jadis. Crois-moi, je n'ai aucune envie que notre enfant arrive dans un foyer déchiré ! C'est vrai, oui, ça va plutôt mal entre nous en ce moment, et cette histoire de chômage ne va pas arranger les affaires ! Mais, tu vois, je conserve de l'espoir et c'est pour cette raison que j'ai demandé de l'aide à cet homme. Maintenant, si tu refuses, c'est ton droit.

MATHIEU

Non, non, tu as sûrement raison. Je ne sais plus très bien où j'en suis. Peut-être qu'il sera de bon conseil. Tu sais que je t'aime plus que tout !

MARIE, se lève, s'approche de lui et le serre assez tendrement.

Je le sais. Ne t'inquiète pas. Il est onze heures et demie ! Va te préparer. Je vais donner un coup de main à Catherine.

Ils échangent un petit baiser et sortent chacun de leur côté.

.........................A suivre...........................

 

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