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SPIRALE   d ’AMOUR

Scénario  pour  Long  Métrage  ( Continuité dialoguée )

Bernard  SELLIER

Vous trouverez ci-dessous, un  extrait de la continuité dialoguée.  

Si un producteur bienveillant, un réalisateur inspiré, ou un acteur passionné, recevaient tout à coup l'intuition que ce scénario peut donner naissance au chef -d'oeuvre de la décennie, qu'ils m'envoient d'urgence un e-mail. Je leur ferai parvenir l'intégralité du texte !

Résumé :

Diane est mariée depuis de nombreuses années avec Guy Perrin, brillant chirurgien de Clermont-Ferrand. Elle a de lui un fils, Jérôme. L'amour s'est quelque peu émoussé au fil des années entre les deux époux. Un jour, Rémy Decourt, un ancien camarade d'adolescence de Diane réapparaît de manière assez dramatique : blessé dans un accident de voiture, il est opéré, avec une entière réussite, par Guy. Mais sa présence n'est pas fortuite. Il porte un lourd secret qu'il espère voir partager par Diane...


Scénario ( Continuité dialoguée )

 

SEQUENCE 1

BORD DE MER

EXTERIEUR - JOUR :  juillet 1967

 

Un paysage de bord de mer, style chemin des douaniers, qui surplombe l’océan. La caméra suit lentement le sentier, tandis que le générique (réduit à une dizaine de planches) défile sur le ciel. On n’entend pas le bruit des vagues. Silence total. On découvre soudain, en contournant un gros rocher, deux personnages que l’on distingue assez mal, assis l’un près de l’autre, (sans doute des adolescents). Ils tournent le dos à la caméra et fixent l’horizon sans bouger. La caméra s’arrête en Plan d’Ensemble.

Fin du Générique.

Le garçon se penche soudain à l’oreille de la fille, lui murmure quelques mots que l’on n’entend pas, puis se lève et s’éloigne. La caméra se rapproche jusqu’à un  TGP sur la nuque de la jeune fille qui a enfoui son visage dans ses mains et semble pleurer en silence, puis elle pénètre dans le noir pour…

 

SEQUENCE 2

UN CABINET DE  PSYCHANALYSTE

INTERIEUR - JOUR :  mercredi 15 juillet 1987

 

…découvrir un espace peu éclairé, d’épais rideaux obstruant les fenêtres. L’ameublement est réduit à sa plus simple expression. Un divan sur lequel est allongée une jeune femme, Diane. A deux mètres d’elle, assis sur un fauteuil confortable, un homme barbu, immobile, un peu grassouillet. Au mur, des rayonnages saturés de livres. Tandis que le dialogue commence, la caméra parcourt la pièce lentement en panoramique circulaire. On ne doit voir de la femme qu’une ombre indistincte. Sa voix est constamment monocorde, comme venant d’outre-tombe. Celle du psy, claire et sonore. Les réactions de son visage sont marquantes, à la limite de l’excès ou de la caricature.

 

DIANE

 

Je l’ai rencontré le 1er avril 1971. Comment ne pas me souvenir d’un jour pareil ?

 

LE PSYCHANALYSTE

 

Vous parlez de votre mari, n’est-ce pas ? Il se prénomme Guy, si mes souvenirs sont exacts ?

 

DIANE

 

Oui.

 

LE PSYCHANALYSTE

 

Bien ! Qu’est-ce que cela évoque pour vous. Ce qui vous arrive, là, maintenant… Ne réfléchissez surtout pas !

 

DIANE

 

Une plaisanterie, une farce…

 

LE PSYCHANALYSTE (d’une voix joyeuse)

 

Absolument ! Une gigantesque farce ! Rappelez-vous les gestes effectués dans les heures qui précédaient ? Les plats que vous avez consommés ? On ne soupçonne pas l’importance que l’estomac peut jouer dans notre subconscient quotidien ! Aucun des faits qui précèdent un moment aussi crucial ne doit être négligé. L’instant, que dis-je, le millième de seconde qui marque de façon indélébile notre existence... Vous rendez-vous compte ? Ah, je vois. Vous pensez que je divague. Je lis votre pensée comme si elle s’imprimait sur un écran cathodique. Je vous le dis tout net : vous vous manipulez ! Une preuve de ce que j’avance ? Cherchez le menu..., oui la liste des petites choses que vous avez ingurgitées au cours de votre dernier repas. Vous croyez l’avoir oublié... Impossible ! Si vous me soutenez cela, je sais que vous mentez à votre moi profond ! 

 

DIANE

 

Le 1er avril était un jeudi...

 

LE PSYCHANALYSTE

 

Le jour de Jupiter, naturellement ! Un bon vivant, celui-là ! Gros appétit et grosse bedaine. Constatez comme le « hasard » agence bien les petits morceaux du puzzle. Je vous parle nourriture, vous me répondez « Dieu de la jovialité ». Excellent début !

 

DIANE

 

Je sortais de chez Viviane, une amie. Elle collectionnait les « chéris », et adorait la cuisine provençale. Surtout les tomates…

 

LE PSYCHANALYSTE (excité)

 

Voilà, voilà, je sens que nous  y venons…

 

DIANE

 

Oui, oui… Elle avait cuisiné des tomates farcies, à son habitude… L’une d’elles avait atterri sur mon pied…

 

LE PSYCHANALYSTE (avec brusquerie)

 

Droit ou gauche ?

 

DIANE

 

Je ne sais plus !

 

LE PSYCHANALYSTE (dépité)

 

Dommage, nous aurions pu coller une bonne part  de responsabilité sur papa ou maman… Ah ! L’inconscient est décidément une terre merveilleuse, fertile, déroutante, qui embaume nos jours de ses facéties tragi-comiques. Que vous avais-je dit ? Le jour de votre rencontre était placé sous le double signe d’une farce au carré ! Etonnant n’est-ce pas ? Mais… est-ce bien tout ?

 

DIANE (d’une voix éteinte)

 

Je suis fatiguée, docteur, si lasse…

 

LE PSYCHANALYSTE (d’une voix un peu sadique)

 

A h ! excellent ! C’est que nous sommes prêts à déboucher sur un tournant capital. Ce n’est pas le moment de déraper, de faire croire que la route est glissante, que vous ne savez pas négocier les virages. Quand le mental annonce : « je suis épuisé » ;  « un bon somme ferait du bien au pauvre corps exténué qui m’abrite » ; « je dois surveiller mon petit garçon qui joue dans l’escalier »... vous pouvez être certaine d’un point : il a la trouille ! Il est sur le point de laisser échapper un petit souvenir qu’il s’est donné un mal d’humain à dissimuler dans un coin, sous un tas de fariboles aguichantes, mais d’un inintérêt total ! 

 

 DIANE

 

C’était rue… Oh mon Dieu !

 

VOIX  OFF  (lointaine)

 

Maman !

 

LE PSYCHANALYSTE

 

Oui ?

 

DIANE

 

Rue Saint Rémy ! Je croyais l’avoir oublié… Rémy…

 

Pendant cette phrase, pour la première fois la caméra fixe en PE le divan et la patiente. On entend à nouveau dans le lointain mais un peu plus proche que précédemment, le même appel : « Maman ». Un fondu enchaîné et :

 

SEQUENCE 3

3.1 : UN JARDIN BIEN ENTRETENU. PROPRIETE DE ROQUEBRUNE

EXTERIEUR - JOUR : mercredi 15 juillet 1987

 

A l’ombre d’un chêne, une femme jeune et belle, Diane, habillée très légèrement, est étendue sur une chaise-longue qui occupe exactement l’emplacement du divan sur l’écran précédent. Elle a les yeux clos et un livre posé sur ses genoux. Grand soleil. Le cri : « Maman » est cette fois bien distinct encore qu’éloigné. Elle ne bouge pas. L’appel résonne encore une fois, tout près, et plus angoissé. Elle sursaute, ouvre les yeux et se redresse.

 

VOIX  OFF 

 

Maman !

 

DIANE

 

Jérôme, que se passe-t-il ? Tu t’es fait mal ?

 

La caméra fixe en PM un grand jeune homme de 17 ans, qui arrive, souriant et essoufflé.

 

JEROME

 

Mais non ! Tu sais bien que je suis incassable ! Je voulais simplement te mettre au courant de mes exploits ! C’est normal, non ?

 

DIANE (l’esprit encore un peu embrumé)

 

Bien sûr, mon chéri, bien sûr. Je suis désolée. J’étais partie…très loin…

 

JEROME

 

Tu rêvais ?

 

DIANE

 

Oui, si on peut dire…

 

JEROME

 

Bon, pendant que tu rêves, moi,  je m’entraîne ! Tu sais où j’en suis arrivé ?

 

DIANE

 

Je ne sais pas… Un mètre quarante cinq ?

 

JEROME (moue méprisante)

 

Pff ! Tu plaisantes. C’était avant-hier, ça ! J’avais pas encore trouvé mes marques. Je viens de passer un soixante dix sept ! Qu’est-ce que tu dis de ça ?

 

DIANE

 

Eh bien… que c’est génial !

 

JEROME

 

Sûr ! Je te dis pas la tête que va faire Maxime à la rentrée ! Tu sais qu’on a fait un pari ?

 

DIANE

 

Je crois avoir entendu quelque chose comme ça, effectivement… Mais ton copain aura peut-être progressé aussi…

 

JEROME (d’un ton assuré)

 

Non !

 

DIANE

 

Tu en es certain ?

 

JEROME

 

A peu près. Il part en vacances à l’île de Ré, chez sa grand-mère, pendant que ses parents sont en Birmanie, ou en Thaïlande, enfin dans un trou comme ça. Il adore sa grand-mère, mais moi, je sais qu’il adore surtout sa copine Marion, qui habite à trois kilomètres. Comme en plus, la vieille est à moitié aveugle et sourde comme un pot, tu vois le tableau... Il va sûrement s’entraîner, mais je suis pas sûr que ce soit dans le saut en hauteur...  Papa est toujours au travail ?

 

DIANE

 

Comme toi, mon chéri !

 

JEROME

 

Attends, tu vas tout de même pas me comparer à lui ! Je m’amuse, moi, je  suis pas plongé dans les bouquins du matin au soir pendant qu’on est en vacances !

 

DIANE

 

Dans les bouquins, non. Mais dans le saut en hauteur, oui !

 

JEROME

 

Maman ! a n’a vraiment rien à voir !

 

DIANE (sourit tendrement)

 

Tu es sûr ? Vous attachez tous deux de l’importance à ce que vous faites. Lui, c’est la chirurgie, toi l’exploit sportif. Je ne crois pas que ce soit vraiment différent…

 

JEROME

 

Bon, je  veux pas discuter de ça ! En tout cas,  je vois pas vraiment l’intérêt de venir sur la côte pour rester enfermé avec ses dossiers toute la journée. En rentrant, il aura le look cachet d’aspirine. Moi, ce sera Tarzan…C’est quand même mieux, non ?

 

DIANE

 

Tarzan avec un cerveau d’Einstein, c’est peut-être pas mal non plus ?

 

JEROME (une moue dubitative)

 

Bof… Moi, tu vois, j’aimerais mieux un mélange Sherlock Holmes – Arsène Lupin… Avec un peu de Monte-Cristo… Ouais, ce serait génial…

 

Jérôme s’éloigne de quelques pas puis revient brusquement, saisit le bras de sa mère.

 

JEROME

 

Tu veux bien me faire plaisir ?

 

DIANE

 

Oh là là… Je crains le pire !

 

JEROME

 

Tu sais ce que je vais te demander ?

 

DIANE (hoche la tête en souriant)

 

Ma foi… à peu près !

 

JEROME (fait la moue)

 

Pourquoi tu devines toujours ? C’est pas drôle !

 

DIANE (sourit)

 

Parce que je t’aime.

 

JEROME

 

Bon, si c’est pour ça… On fait une course de quatre longueurs dans la piscine. Tu m’as battu avant-hier, je veux une revanche sur la championne !

 

DIANE

 

La championne, c’était il y a dix-neuf ans… Elle a un peu faibli, depuis !

 

JEROME

 

Justement, c’est le moment que j’en profite. D’accord ?

 

DIANE

 

D’accord.

 

JEROME

 

Dans un quart d’heure ? Le temps que tu te prépares… à perdre ?

 

DIANE

 

Dans un quart d’heure.

 

Jérôme s’éloigne. GP sur Diane qui le fixe tendrement.

à suivre...     

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